Frise chronologique
1918
Installation de la maison Chanel
Installation de la maison Chanel
1918 (≈ 1918)
Boutique, salons et appartement aménagés rue Cambon.
Années 1920–1930
Âge d'or de Chanel
Âge d'or de Chanel
Années 1920–1930 (≈ 1925)
Création du N°5, tailleur tweed, robe noire.
1940–1944
Occupation et collaboration
Occupation et collaboration
1940–1944 (≈ 1942)
Lieu de vie avec von Dincklage (Abwehr).
1954
Retour triomphal
Retour triomphal
1954 (≈ 1954)
Relance du tailleur tweed et sac 2.55.
19 juin 2013
Classement Monument Historique
Classement Monument Historique
19 juin 2013 (≈ 2013)
Protection de l’appartement et de l’escalier.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Les quatre pièces de l'ancien appartement, à savoir l'entrée, le salon , la salle à manger et le bureau - ainsi que l'escalier aux miroirs avec sa cage et ses espaces de desserte (cad. BC 01 33) : classement par arrêté du 19 juin 2013
Personnages clés
| Gabrielle "Coco" Chanel - Créatrice de mode et fondatrice |
A vécu et travaillé dans l’appartement. |
| Hans Gunther von Dincklage - Officier de l’Abwehr et amant |
Partagea l’appartement pendant l’Occupation. |
| Pierre et Paul Wertheimer - Associés dans les parfums |
Propriétaires majoritaires du N°5, cibles de Chanel. |
| Josep Maria Sert - Décorateur et ami |
A influencé l’aménagement baroque de l’appartement. |
Origine et histoire
L’immeuble du 31 rue Cambon, construit au 3e quart du XIXe siècle, abrite depuis 1918 la maison de couture fondée par Gabrielle Chanel, dite Coco Chanel. Ce lieu devient le cœur de son empire, avec une répartition fonctionnelle inchangée : boutique au rez-de-chaussée, salons de couture au 1er étage, son appartement privé au 2e, et ateliers aux étages supérieurs. Les aménagements intérieurs, comme l’escalier aux miroirs ou les paravents de Coromandel, illustrent son goût pour le baroque et son génie scénographique, servant notamment à mettre en valeur ses défilés. L’appartement, classé Monument Historique en 2013, conserve son décor d’origine, témoignant de son univers esthétique mêlant opulence et minimalisme.
Coco Chanel (1883–1971) s’installe dans cet appartement après avoir révolutionné la mode féminine dès les années 1910, en libérant les femmes des corsets et en popularisant des silhouettes androgynes, comme le tailleur en tweed ou la petite robe noire. Ce lieu devient un salon où se croisent artistes, aristocrates et intellectuels, tels Igor Stravinsky, Jean Cocteau, ou Picasso, reflétant son influence culturelle. Pendant l’Occupation allemande (1940–1944), elle y vit avec son amant, le baron Hans Gunther von Dincklage, officier de l’Abwehr, tout en maintenant son activité dans les parfums, malgré des controverses liées à sa collaboration.
L’appartement, situé au-dessus des ateliers, est un espace à la fois intime et professionnel. Chanel y reçoit ses clientes et y travaille sur une chaise de nourrice, entourée de lustres en cristal, de tentures dorées et de bibelots précieux. Les miroirs de l’escalier, inspirés des vitraux d’Aubazine (orphelinat où elle aurait séjourné selon une légende contestée), créent des jeux de reflets pour observer les réactions du public lors des défilés. Après sa mort en 1971, l’appartement reste préservé, accessible uniquement aux clientes privilégiées ou aux journalistes, perpétuant son héritage.
La période 1918–1971 marque l’apogée de Chanel, avec des créations iconiques comme le sac 2.55 ou le parfum N°5, développées dans cet immeuble. Les frères Wertheimer, associés dans les parfums, jouent un rôle clé dans son succès commercial, malgré ses tentatives de les spolier pendant la guerre. Après 1954, son retour triomphal avec le tailleur en tweed relance la maison, faisant du 31 rue Cambon un symbole durable de l’élégance française, encore aujourd’hui siège de la marque Chanel.
L’histoire du lieu est aussi marquée par des polémiques, notamment son comportement pendant l’Occupation : Chanel collabore avec les nazis, tente de récupérer les parfums Chanel via les lois antisémites, et participe à des missions d’espionnage sous le nom de code Westminster. Ces faits, révélés par des archives déclassifiées, contrastent avec son image de libératrice des femmes. Malgré cela, son appartement reste un lieu de mémoire, où chaque détail (des paravents aux miroirs) évoque son génie créatif et ses contradictions.