Patrimoine classé
Ancien cimetière avec ses stèles et mur d'enceinte urbain attenant gravé d'inscriptions hébraïques (cf. plan annexé au dossier) (cad. 3 242 A et B, 243 A et B, 244 A et B, 246, 266, lieudit Le Bourg, 257 (5, impasse des Cigognes) , 497/256, 260, 262, 492/245, 494/247, lieudit Le Bourg, 267, 268 (rue d'Ingwiller) , 541/232, 542/232 (rue du Cerf) ) : inscription par arrêté du 10 février 1999
Personnages clés
| Gilbert Weil - Historien |
A étudié les 29 inscriptions hébraïques. |
Origine et histoire
Le cimetière juif de Neuwiller-lès-Saverne est un monument historique situé dans le Bas-Rhin, en région Grand Est. Installé extra-muros le long du mur d'enceinte nord-est de la ville, il s'étend sur sept sections discontinues datées entre 1260 et 1870. Ce cimetière est remarquable pour ses inscriptions en caractères hébraïques gravées sur les moellons du mur d'enceinte, réalisées entre 1260 et 1550, ce qui en fait le plus ancien cimetière juif connu en Alsace. Contrairement aux cimetières traditionnels, il ne comporte pas de stèles funéraires, mais des noms et abréviations gravés directement sur la muraille, comme « Joseph, Jacob, Moïse », souvent suivis de la formule zikhrono li-vrakha (« que sa mémoire soit bénie »).
L’histoire du cimetière est étroitement liée à celle de la communauté juive de Neuwiller, attestée depuis 1335. Le site, désaffecté depuis la création d’un nouveau cimetière en 1877, était organisé dans la lice (espace entre deux murs d’enceinte) et couvrait initialement une longueur de 319 mètres pour une largeur de 4 à 5 mètres. Les inscriptions, au nombre de 29 selon l’étude de Gilbert Weil, utilisent cinq styles d’écriture différents et datent principalement de la période médiévale à 1550. Quatre des sept sections portent des épitaphes ou des marques alphabétiques, tandis que les sections postérieures (notamment entre 1670 et 1870) conservaient des stèles aujourd’hui partiellement disparues ou vandalisées, comme celles des années 1849 à 1866.
Le cimetière a été inscrit au titre des monuments historiques en 1999 pour son caractère exceptionnel. Les éléments protégés incluent le mur d’enceinte urbain attenant, gravé d’inscriptions hébraïques, ainsi que les rares stèles subsistantes, notamment dans la propriété du 13 rue d’Ingwiller. Son organisation en bordure de fortification, unique en son genre, reflète les contraintes urbaines et religieuses de l’époque médiévale. Les fouilles et études, comme celles de Gilbert Weil, soulignent l’importance de ce site pour comprendre la vie et les pratiques funéraires des communautés juives en Alsace avant le XIXe siècle.
Architecturalement, le cimetière se distingue par son absence d’enclos matériel et sa localisation dans les fossés au pied de la courtine est. Les inscriptions, souvent limitées à un prénom suivi d’une abréviation pieuse, témoignent d’une tradition funéraire sobre et collective. La désaffectation du site en 1877 et les destructions lors de la Seconde Guerre mondiale ont effacé une partie de son patrimoine, mais les vestiges restants, notamment sur le mur d’enceinte, offrent un aperçu précieux de sept siècles d’histoire juive locale. Aujourd’hui, le site est en accès libre, bien que sa localisation exacte (rue d’Ingwiller, impasse des Cigognes et rue du Cerf) et son état de conservation appellent à une visite attentive pour en saisir toute la portée historique.