Origine et histoire
L’ancien cinéma-théâtre Le Colisée, situé à Nîmes, est inauguré le 15 avril 1927 par les architectes Paul Furiet et Georges-Henri Pingusson, ce dernier originaire de la ville. Doté d’une fosse d’orchestre, d’un balcon avec loges et d’une capacité de 1 000 places (voire 2 500 selon les plans initiaux), il combine cinéma, théâtre et spectacles variés, dont des numéros de cirque ou des galas hebdomadaires organisés par Baret. Dès ses débuts, il se distingue par des projections prestigieuses comme Napoléon d’Abel Gance ou Ben-Hur, avec des bruitages réalisés en direct par l’ouvreur Jean Granier. En 1929, il adopte le film parlant lors d’une soirée marquant la diffusion de Le Chanteur de jazz, consolidant sa réputation de « salle de prestige » grâce à des innovations techniques constantes.
Dans les décennies suivantes, Le Colisée modernise ses équipements : un écran panoramique de 8,5 x 5,10 m est installé en 1953, suivi en 1963 par la projection de West Side Story en 70 mm. Rachat en 1973 par Fernand Méric, il est transformé en un complexe de cinq salles sous le nom « K7 », intégrant aussi une galerie marchande au rez-de-chaussée. Cette restructuration, menée par l’architecte Marcel Lauze, altère profondément son intérieur. Malgré des changements de propriétaires (Océanic en 1974, UGC en 1987), la dégradation des salles et des programmes entraîne une chute de fréquentation, aboutissant à sa fermeture définitive le 31 décembre 1988.
Après sa fermeture, le bâtiment échappe de peu à la destruction. Il est finalement inscrit aux Monuments historiques le 22 janvier 2015, reconnaissant son importance patrimoniale. Bien que des projets comme une école-musée du cinéma aient été évoqués par la municipalité, aucun n’a abouti. Au XXIe siècle, le nom « Colisée » à Nîmes ne désigne plus que l’hôtel communautaire de Nîmes Métropole, tandis que l’ancien cinéma, décrit comme un symbole de « laideur et décrépitude », reste un témoignage architectural des salles de spectacle du XXe siècle.
Les archives de Georges-Henri Pingusson, conservées à l’Institut français d’architecture (IFA), révèlent que le bâtiment fut érigé à l’emplacement de l’hôtel du Petit Saint-Jean, sur commande de Victor Régnier, président de la société des Palais de Provence. Ce dernier finançait parallèlement le casino du Grau du Roi, détruit en 1964. Les modifications ultérieures de la façade (véranda en 1987, panneau central écrêté en 1995, boîte en aluminium en 2002) ont progressivement masqué son architecture d’origine, aujourd’hui protégée pour ses façades et toitures.