Origine et histoire
L’ancien hospice de Bicêtre trouve ses origines en 1634, lorsque Louis XIII y fonde un établissement pour soldats invalides sur les ruines d’un château. Transformé en hospice en 1656 sous l’Hôpital général de Paris, il devient aussi une prison d’État puis un asile pour aliénés au XVIIIe siècle. Les bâtiments initiaux, attribués à tort à l’architecte Lemercier (en réalité conçus par Lintlaer), incluent des pavillons du XVIIe siècle encore visibles aujourd’hui.
En 1668, la porterie nord est érigée, suivie par la chapelle (détruite en 1927) et des bâtiments carcéraux comme la Force (1713). Germain Boffrand y ajoute en 1731 des loges pour aliénés et creuse le Grand puits, symbole des améliorations hydriques. Au XIXe siècle, l’hospice s’étend avec des quartiers pour aliénés (1823) et un agrandissement majeur du bâtiment principal entre 1847 et 1858, reflétant l’évolution des pratiques médicales et pénitentiaires.
Les protections au titre des monuments historiques (classements de 1962 et 1985) couvrent des éléments clés comme les pavillons de Le Mercier, les porteries, le Grand Puits, et les divisions d’aliénés. Le site, partiellement démoli dans les années 1970 pour moderniser l’hôpital actuel (CHU Bicêtre), conserve des traces architecturales des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, témoignant de ses multiples vocations : militaire, caritative, pénitentiaire et médicale.
La porterie est de 1757, conçue pour relier l’hospice à la route de Fontainebleau, illustre l’adaptation du site à son environnement. Les matériaux traditionnels (moellon calcaire, pierre de taille) et les toits en ardoise ou tuile caractérisent les bâtiments antérieurs à 1880. Le quartier des enfants idiots (1886-1889), en brique, marque une spécialisation tardive des soins, avant la construction du nouvel hôpital en 1981 sur d’anciens potagers.
Les architectes marquants incluent Le Vau (chapelle, porterie nord), Boffrand (citerne, puits), et Viel (extension des Cabanons en 1787). Le projet inabouti d’agrandissement de la prison par Baltard (1827) et la destruction du quartier circulaire de la Sûreté (vers 1970) soulignent les tensions entre préservation et modernisation. Aujourd’hui, l’hôpital Bicêtre, intégré à l’AP-HP, perpétue une vocation médicale sur ce site chargé d’histoire.
Les protections légales distinguent les éléments classés (comme le Grand Puits ou les pavillons de Le Mercier) des parties inscrites (façades des grands bâtiments, restes des cachots). Ces mesures préservent un patrimoine complexe, où se superposent les strates de l’assistance publique, de la psychiatrie naissante et de l’architecture hospitalière, depuis l’Ancien Régime jusqu’à l’époque contemporaine.