Origine et histoire
L’ancien hospice de La Rochefoucauld, situé 15 avenue du Général-Leclerc dans le 14e arrondissement de Paris, est un ensemble architectural néo-classique en forme de U, construit principalement au XVIIIe siècle. Fondé en 1780 sous le nom de Maison royale de Santé grâce au soutien de Louis XVI, il était destiné à accueillir des militaires et ecclésiastiques malades et sans ressources. Son financement initial fut assuré par la vicomtesse Anne Rosalie Chauvelin de La Rochefoucauld, tandis que l’architecte Jacques-Denis Antoine, connu pour l’hôtel de la Monnaie, en dessina les plans, partiellement réalisés avant d’être complétés par Charles-François Viel de Saint-Maux.
Sous la Révolution, l’établissement fut rebaptisé hospice national de Montrouge et accueillait seulement 23 pensionnaires en 1789. Ses revenus provenaient des jardins maraîchers, moulins et carrières attachés au domaine. En 1821, il prit le nom d’hospice de La Rochefoucauld, puis devint un hôpital géré par l’Assistance publique en 1849. Le bâtiment principal, à un étage avec combles aménagés, fut complété au XIXe siècle par une aile gauche abritant une chapelle et des infirmeries. Les espaces étaient organisés par genre : hommes valides au centre, femmes à gauche, et services communs à droite.
Le site inclut un regard de Saux (n°25), élément du XVIIe siècle de l’aqueduc Médicis qui alimentait l’hospice en eau, inspiré du mausolée de Cyrus. Classé monument historique en 1928 pour ses façades, puis en 1994 et 2004 pour ses communs et l’aqueduc, l’hôpital ferma en 2019. Il servit temporairement d’hébergement pour femmes isolées (2019-2022), puis de commissariat de police pendant des travaux. Les jardins, autrefois vastes, furent réduits par la ligne de Sceaux (1895) et la construction de l’Hôtel des Postes en 1907.
Le docteur Jean-Baptiste Dumangin (1744-1826), médecin chef de la Charité, fut le premier médecin de l’établissement en 1782. Sous la Terreur, il intervint notamment à la tour du Temple en 1795 pour soigner Louis XVII, sur demande du Comité de sûreté générale. Son engagement gratuit aux hospices, attestée par des certificats révolutionnaires, illustre le rôle caritatif de ces institutions. L’architecture, bien que partiellement réalisée, reflète l’idéal humaniste des Lumières, mêlant fonctionnalité et esthétique néo-classique.
Aujourd’hui, l’ancien hospice se distingue par sa façade arrière visible depuis l’avenue René-Coty et son intégration dans le paysage urbain parisien. Proche de la barrière d’Enfer et du parc Montsouris, il témoigne de l’évolution des soins hospitaliers, de l’Ancien Régime à la médecine moderne. Son histoire croisée avec l’aqueduc Médicis et les transformations du quartier (métro Mouton-Duvernet) en fait un patrimoine à la fois médical, architectural et social.