Frise chronologique
1856–1865
Construction de l'hôtel
Construction de l'hôtel
1856–1865 (≈ 1861)
Dirigée par Pierre Manguin pour la Païva.
1866
Inauguration et réceptions
Inauguration et réceptions
1866 (≈ 1866)
Ouverture avec fêtes pour élites culturelles.
1877
Départ de la Païva
Départ de la Païva
1877 (≈ 1877)
Quitte la France pour la Silésie.
1903
Installation du Travellers Club
Installation du Travellers Club
1903 (≈ 1903)
Devenu siège du club britannique.
1923
Achat par le Travellers Club
Achat par le Travellers Club
1923 (≈ 1923)
Acquisition définitive du bâtiment.
1980
Classement monument historique
Classement monument historique
1980 (≈ 1980)
Protection de l’hôtel et son décor.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Hôtel Païva, avec son décor intérieur (cad. 08 : 01 AQ 53) : classement par arrêté du 9 juillet 1980
Personnages clés
| Esther Lachman (dite la Païva) - Commanditaire et propriétaire |
Aventurière et comtesse prussienne, créatrice de l’hôtel. |
| Pierre Manguin - Architecte |
Concepteur de l’hôtel en style Renaissance italienne. |
| Comte Henckel von Donnersmarck - Époux et financeur |
Multimillionnaire prussien, cousin de Bismarck. |
| Paul Baudry - Peintre |
Auteur du plafond du grand salon. |
| Louis-Ernest Barrias - Sculpteur |
Créateur des statues de Dante et Virgile. |
| Hector Lefuel - Architecte du château de Neudeck |
Conçut la demeure silésienne inspirée de l’hôtel. |
Origine et histoire
L’hôtel de la Païva, construit entre 1856 et 1865 au 25 avenue des Champs-Élysées, fut commandé par Esther Lachman (1819–1884), aventurière d’origine polonaise devenue comtesse prussienne sous le nom de Païva. Symbole de son ascension sociale, elle y organisa des réceptions fastueuses pour des personnalités comme les frères Goncourt, Théophile Gautier ou Gambetta, malgré son exclusion des cercles aristocratiques traditionnels. L’architecte Pierre Manguin conçut un édifice somptueux en style Renaissance italienne, avec un jardin suspendu et un coût pharaonique de 10 millions de francs-or, alimentant les chroniques parisiennes.
La comtesse fit décorer l’hôtel par les plus grands artistes de l’époque : l’escalier en onyx jaune (matériau rare redécouvert près d’Oran en 1849), la salle de bains mauresque avec une baignoire en bronze argenté incrustée de turquoises, et des sculptures de Barrias, Dalou ou Carrier-Belleuse. Le plafond du grand salon, peint par Paul Baudry, et les consoles en marbre et bronze (aujourd’hui au musée d’Orsay) témoignaient de son faste. En 1868, elle entreprit la construction d’un château similaire en Silésie, le château de Neudeck, aujourd’hui détruit.
Après la mort de la Païva en 1884, l’hôtel resta fermé plusieurs années avant d’être vendu en 1893 à un banquier berlinois. Transformé en restaurant puis en projet avorté de mairie du 8e arrondissement, il devint en 1903 le siège du Travellers Club, qui l’acquit en 1923. Classé monument historique en 1980, il conserve une partie de son décor d’origine, bien que la cour ait été remplacée par des commerces. Son histoire mêle scandale, luxe extrême et patrimoine architectural exceptionnel.
L’hôtel est aussi connu pour ses anecdotes, comme la légende de sa construction en face du lieu où la Païva, jeune, aurait été jetée d’un véhicule par un amant pressé. Les journaux de l’époque, comme ceux des frères Goncourt, moquaient son faste outrancier, la qualifiant de « Louvre du cul ». Le chantier, qui dura dix ans, défraya la chronique par son coût exorbitant et ses matériaux précieux, comme l’onyx utilisé pour l’escalier ou la cheminée en malachite de la chambre à coucher.
Parmi les éléments remarquables subsistants figurent le lampadaire de bronze monumental, les statues de Dante, Pétrarque et Virgile par Barrias (1865), et les médaillons peints représentant Rome, Florence, Venise et Naples. La salle de bains, avec sa baignoire en onyx blanc et bronze argenté, incrustée de turquoises, illustre le luxe Napoléon III. Le lit en acajou de Cuba, orné d’une sirène et de cygnes, fut vendu aux enchères en 2006 après avoir appartenu à la comtesse.