Origine et histoire
L’hôtel de Lesdiguières, construit à partir de 1602 par l’architecte Pierre La Cuisse pour François de Bonne, futur duc de Lesdiguières, remplace une dépendance médiévale du Palais delphinal, la Trésorerie, tombée en ruine. Ce projet intègre une tour gallo-romaine du IIIe siècle, vestige de l’enceinte de Cularo (nom antique de Grenoble), rehaussée au XIIIe siècle par les dauphins de Viennois. Lesdiguières, lieutenant-général du Dauphiné, en fait sa résidence urbaine, marquant son pouvoir par des toits d’ardoise contrastant avec les tuiles romaines locales. Les artisans Jean Carle, Pierre Rousset, et le serrurier David Bachasse contribuent à son décor intérieur, tandis que Louis XIII y séjourne en 1622.
À la mort de Lesdiguières en 1626, ses héritiers, les Créquy, agrandissent l’hôtel (aile Créqui en 1640) et le partagent avec les Intendants du Dauphiné à partir de 1683. Devenu propriété municipale en 1719 pour 150 000 livres, il abrite simultanément l’hôtel de ville, la préfecture, et des locataires privés comme l’avocat François Chausson. Le jardin adjacent, créé en 1620 sur un ancien pré de foire, s’organise en trois niveaux : un bassin sculpté par Jacob Richier, un bosquet, et une terrasse plantée de marronniers. En 1719, la ville y installe un jardinier attitré, et le lieu devient un espace public prisé.
La Révolution transforme l’hôtel en siège des nouvelles administrations (municipalité, directoire départemental). Au XIXe siècle, il partage ses murs avec la préfecture jusqu’en 1866, puis reste hôtel de ville jusqu’en 1967. Le jardin, quant à lui, accueille des événements comme le marché aux fleurs (1865) ou des kiosques à musique (1870). En 1970, le musée Stendhal s’y installe brièvement avant de laisser place, en 2006, à la Maison de l’International. Le site, classé monument historique en 2021, conserve des parquets du XVIIIe siècle restaurés par irradiation gamma et des boiseries signées Benoît-Cattin.
Le jardin de ville, d’une superficie de 1,3 hectare, est marqué par des éléments emblématiques comme la fontaine des caveaux (1676, refaite en 1887), une statue d’Hercule venue de Vizille (brisée en 1990, aujourd’hui remplacée par une copie), et un baromètre anéroïde du XIXe siècle. Stendhal y situe des épisodes de sa jeunesse dans Vie de Henry Brulard, évoquant ses amours pour la comédienne Virginie Cubly. Le lieu, seul espace vert du centre historique, reste un symbole de la vie sociale grenobloise, des foires médiévales aux festivals contemporains comme Cabaret frappé.
L’hôtel et son jardin illustrent les strates historiques de Grenoble : de la tour gallo-romaine aux réaménagements du XVIIe siècle, en passant par les tensions révolutionnaires (assemblée des notables en 1788, Journée des Tuiles). Des personnalités comme le pape Pie VII (prisonnier en 1809), Napoléon III (1860), ou l’ambassadeur américain Charles Rivkin (2013) y ont laissé leur empreinte. Aujourd’hui, le site allie patrimoine et rayonnement international, avec des expositions et l’American Corner, premier du genre en France.