Origine et histoire du Beffroi
Le beffroi de Dreux, ancien hôtel de ville construit entre 1512 et 1537, est un chef-d’œuvre de l’architecture civile de style Louis XII, marquant la transition entre le gothique flamboyant et la Renaissance. Commandé après la destruction du précédent édifice par la foudre, il symbolise la prospérité retrouvée de Dreux après les ravages de la Guerre de Cent Ans. Trois architectes se succèdent : Pierre Chéron (1512), Jean des Moulins (1516), puis Clément Métezeau (1520-1537), qui achève le bâtiment sous le règne de François Ier. Sa façade monumentale, ornée de pinacles et de lucarnes, reflète la puissance municipale et l’influence des modèles italiens, comme le château de Gaillon.
Classé monument historique dès 1840, le beffroi incarne les libertés communales acquises par les bourgeois drouais dès le XIIe siècle, confirmées par la charte de Robert Ier de Dreux en 1180. Il abritait autrefois la justice du maire au rez-de-chaussée et le conseil de ville à l’étage, tandis que sa cloche, la bancloque, rythmait la vie urbaine et alertait en cas de danger. Endommagé lors des bombardements de 1940 et 1944, il fut restauré à plusieurs reprises, notamment par Guy Nicot (1977-1979) pour retrouver son aspect médiéval originel.
La cloche actuelle, fondue en 1839, pèse 3 500 kg et reprend les armoiries de France et de Dreux, ainsi qu’une frise illustrant la procession des flambarts, une tradition locale marquant le solstice d’hiver. Le beffroi, seul de son genre en Eure-et-Loir, servit aussi de corps de garde sous Louis XIV et de lieu de fêtes sous Napoléon Ier. Son mécanisme d’horloge et sa charpente fragile limitent aujourd’hui ses sonneries à des tintements, préservant ainsi sa structure.
L’édifice, situé place Métezeau, a connu des controverses modernes, comme les fissures apparues après la construction d’un parking souterrain adjacent, attribuées soit aux travaux, soit à des sécheresses répétées. Malgré ces aléas, il reste un symbole fort de l’identité drouaise, célébré en 2016 pour ses 500 ans. Son architecture, mêlant voûtes à liernes, pilastres italiens et gables flamboyants, témoigne d’une époque de renouveau artistique et politique.
À l’intérieur, la Grande salle du premier étage, voûtée de liernes et tiercerons, abritait les archives communales et un magasin d’armes. Le deuxième étage, plus orné, servait de réserve de grains en cas de siège. Les graffiti de prisonniers espagnols du XVIIe siècle, gravés dans l’escalier, rappellent son usage comme geôle. Aujourd’hui propriété de la commune, le beffroi est ouvert au public et continue de dominer le centre historique de Dreux.