Origine et histoire du Musée
Le palais de la Porte-Dorée, construit par Albert Laprade pour l’Exposition coloniale de 1931, abritait initialement le Musée des Colonies, célébrant la diversité de l’empire français. Son bas-relief monumental d’Alfred Janniot et ses décors intérieurs (peintures, ferronneries d’Edgar Brandt ou Jean Prouvé) en faisaient un symbole architectural de la propagande coloniale. L’aquarium tropical, vestige de cette époque, témoigne de sa vocation première : montrer les richesses naturelles et culturelles des territoires outre-mer.
Transformé en Musée des Arts africains et océaniens (1960-2003), le lieu perd sa fonction coloniale au profit d’une approche artistique. La création du musée du quai Branly en 2006 entraîne le transfert de ses collections, laissant le palais sans affectation claire. En 2004, Jean-Pierre Raffarin y installe la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, projet porté depuis 1992 par des historiens comme Gérard Noiriel. Inauguré en 2007, le musée explore les parcours migratoires via des expositions permanentes (Repères), des archives participatives et des œuvres contemporaines.
Le projet, controversé (démission de huit historiens en 2007 face au ministère de l’Identité nationale), s’impose progressivement comme un acteur culturel majeur. Avec 150 000 visiteurs en 2015, il mise sur une programmation pluridisciplinaire (cinéma, conférences) et une médiathèque pour sensibiliser aux enjeux de l’intégration. L’architecte Patrick Bouchain a préservé l’intégrité du bâtiment classé (façades, salons Art déco), tout en modernisant les espaces pour accueillir des publics variés, dont 50 % de scolaires.
L’exposition permanente, structurée en thèmes (Terre d’accueil, Au travail), croisant objets historiques (truelle de maçon, veste de cuisinier) et créations artistiques (Barthélémy Toguo, Zineb Sedira), vise à déconstruire les préjugés. La galerie des dons, où chaque visiteur peut contribuer, illustre cette démarche participative. Malgré des critiques initiales (budget, fréquentation), le musée, officiellement inauguré en 2014 par François Hollande, s’affirme comme un lieu de mémoire et de débat, complété par un aquarium toujours en activité.
Le palais, chef-d’œuvre de l’Art déco colonial, incarne aujourd’hui une réappropriation symbolique : d’un outil de propagande à un espace de reconnaissance des apports migratoires. Les polémiques, comme l’affiche sur Louis XIV en 2023, révèlent les tensions persistantes autour des récits nationaux. Avec un budget de 7 millions d’euros et 20 millions investis dans sa rénovation, l’établissement public (depuis 2012) concilie préservation patrimoniale et innovation muséographique, tout en gérant les héritages complexes de son architecture.