Frise chronologique
1779
Approbation des plans
Approbation des plans
1779 (≈ 1779)
Plans d'Armand Lefebvre acceptés pour le palais.
1783-1792
Début des travaux et installation
Début des travaux et installation
1783-1792 (≈ 1788)
Construction lancée ; institutions judiciaires s’y installent en 1791.
1808-1817
Achèvement de la façade
Achèvement de la façade
1808-1817 (≈ 1813)
Travaux reprennent sous Harou-Romain ; escalier ajouté en 1816.
1830-1842
Extension est du palais
Extension est du palais
1830-1842 (≈ 1836)
Aile nouvelle pour la cour Royale ; sculptures de Falconnier en 1849.
1865-1868
Réaménagement de la salle des audiences
Réaménagement de la salle des audiences
1865-1868 (≈ 1867)
Décor impérial (abeilles) par Léon Marcotte.
2015
Désaffectation
Désaffectation
2015 (≈ 2015)
Fermeture définitive après transfert des juridictions.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Les façades et les toitures de l'ensemble des bâtiments ; le péristyle ; le vestibule ; les deux escaliers de la Cour d'Appel ; la salle d'audience dite salle des Abeilles avec son décor (cad. BL 463 à 465) : inscription par arrêté du 16 avril 1975
Personnages clés
| Armand Lefebvre - Ingénieur des Ponts et Chaussées |
Auteur des plans initiaux (1779), inspiré par Soufflot. |
| Jean-Baptiste Harou-Romain - Architecte départemental |
Dirige les travaux de 1808 à 1817. |
| Nicolas-Philippe Harou-Romain - Architecte |
Fils du précédent ; conçoit l’extension est (1830). |
| Léon Marcotte - Architecte |
Réaménage la salle des audiences (1865-1868). |
| Charles Lemarquier - Sculpteur |
Auteur des monuments à Carel (1898) et Guillouard (1928). |
| Léon Falconnier - Sculpteur |
Réalise les hauts-reliefs allégoriques (1849). |
Origine et histoire
L’ancien palais de justice de Caen, aussi appelé palais Fontette, fut construit entre la fin du XVIIIe siècle et le milieu du XIXe siècle sur la place Fontette, dans le centre historique de la ville. Conçu initialement pour réunir le bailliage et le bureau des finances de la généralité de Caen, sa construction s’inscrit dans un projet urbain plus large, partiellement réalisé. Les plans, dressés en 1779 par l’ingénieur Armand Lefebvre, inspirés du Panthéon parisien, prévoient un bâtiment hexagonal néo-classique avec un péristyle à colonnes ioniques. Les travaux débutent en 1783, mais seuls la prison, le bailliage et la cour Royale sont achevés à la veille de la Révolution. Les institutions judiciaires s’y installent dès 1791, malgré un chantier inachevé.
La construction se poursuit par phases. De 1808 à 1817, sous la direction de Jean-Baptiste Harou-Romain, la façade principale est terminée, et un escalier est ajouté en 1816. Entre 1830 et 1842, son fils Nicolas-Philippe Harou-Romain supervise l’extension est du palais pour accueillir la cour Royale, avec des aménagements extérieurs (grilles, perron en granit de Vire) et des sculptures allégoriques de Léon Falconnier (1849). En 1865-1868, Léon Marcotte réaménage la grande salle des audiences, aujourd’hui dite « salle des Abeilles » pour son décor impérial. Le bâtiment, partiellement classé en 1975, subit des modifications majeures au XXe siècle, notamment la couverture de la cour intérieure (1975-1977) et la destruction des décors du XVIIIe siècle.
Désaffecté en juillet 2015 après le transfert des juridictions vers un nouveau palais, le bâtiment est racheté par la Ville de Caen en 2018. Un projet de reconversion en hôtel quatre étoiles (159 chambres) et centre d’affaires est lancé, avec une ouverture prévue vers 2026. Cependant, en mai 2025, le tribunal administratif annule le permis de construire pour non-respect des règles d’urbanisme et de protection patrimoniale. Le palais, symbole de l’histoire judiciaire caennaise, a aussi servi de décor pour des films comme La Horse (1970) ou Bowling Saturne (2022).
L’architecture du palais mêle néoclassicisme et influences locales, avec une façade inspirée de Soufflot et des matériaux typiques (pierre de Caen). À l’intérieur, la cour d’appel conserve son organisation d’origine, tandis que les décors du XIXe siècle, comme ceux de la salle des Abeilles (abeilles sur fond bleu marine, symbole du Second Empire), témoignent des réaménagements successifs. Deux monuments honorent des figures juridiques locales : Alexandre Carel (buste inaugural en 1898) et Louis Guillouard (monument Art déco de 1928), tous deux réalisés par le sculpteur Charles Lemarquier.
Le palais Fontette illustre les évolutions de la justice française, des institutions d’Ancien Régime (bailliage) à l’organisation moderne, en passant par les réformes napoléoniennes. Son histoire reflète aussi les tensions entre préservation patrimoniale et adaptations fonctionnelles, comme en témoignent les destructions des décors du XVIIIe siècle lors des travaux des années 1970. Aujourd’hui, sa reconversion soulève des débats sur la conciliation entre valorisation économique et respect de son intégrité historique.