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Ancien prieuré de Longpré à Haramont dans l'Aisne

Aisne

Ancien prieuré de Longpré

    34 Rue de la Vallee de Baudrimont
    02600 Haramont
Crédit photo : Auteur inconnuUnknown author - Sous licence Creative Commons

Frise chronologique

Moyen Âge central
Bas Moyen Âge
Renaissance
Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
1200
1500
1600
1700
1800
1900
2000
1180
Fondation du prieuré
1590
Arrivée des reliques
1622
Incendie dévastateur
1639
Renaissance du monastère
1791
Vente comme bien national
1995
Classement Monument Historique
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Patrimoine classé

Les quatre ailes de l'enclos des religieuses ; vestiges de l'église sols archéologiques de l'église et du cloître ; façades et toitures du logis prioral ; portail daté 1712 ; vestiges du moulin ; murs d'enceinte et de soutènement (cad. B 68 à 72, 75, 76, 78, 80 à 87) : inscription par arrêté du 1er février 1995

Personnages clés

Aliénor de Vermandois - Fondatrice et bienfaitrice Comtesse ayant doté le prieuré en 1180.
Robert d’Arbrissel - Fondateur de l’ordre de Fontevraud Réformateur ayant instauré la mixité monastique.
Sainte Léocade - Martyre et relique Pèlerinage à Longpré à partir de 1590.

Origine et histoire

Le prieuré de Longpré fut fondé en 1180 par Aliénor de Vermandois, comtesse et bienfaitrice du Valois, sur les ruines d’un monastère du IXe siècle. Affilié à l’ordre de Fontevraud (créé en 1101 par Robert d’Arbrissel), il accueillait initialement hommes et femmes avant de devenir exclusivement féminin au XIVe siècle. Doté de terres et de rentes par Aliénor, il prospéra grâce aux dons des familles nobles locales, tout en subissant pillages et guerres (Anglais, Bourguignons) jusqu’au XVIe siècle. En 1590, il devint un lieu de pèlerinage après avoir reçu les reliques de sainte Léocade, martyre du IVe siècle dont les restes, transférés depuis Séville via Soissons, y furent conservés jusqu’à la Révolution.

Au XVIIe siècle, le prieuré connut deux catastrophes majeures : un incendie en 1622 détruisant cloître, réfectoire et dortoirs, suivi en 1624 d’un orage dévastateur endommageant murs et bâtiments. Les moniales entreprirent une reconstruction ambitieuse, supprimant le cloître pour agrandir les fenêtres et surélever le réfectoire (création de caves voûtées). Un logis prioral fut ajouté au nord pour l’aumônier, et l’évêque de Soissons bénit la « résurrection » du monastère en 1639. Ces travaux marquèrent son adaptation aux besoins modernes, tout en conservant son rôle spirituel et économique (élevage de poissons, cultures).

La Rvolution française (1791) scella son sort : déclaré bien national, le prieuré fut vendu à un fermier pour 72 000 livres. L’église fut rasée (pierres revendues), la salle capitulaire transformée en étable, et les moniales dispersées. Au XXe siècle, un incendie en 1946 ravagea la toiture et le moulin. Abandonné jusqu’en 1994, le site fut alors restauré : jardins médiévaux (buis, ifs, plantes aromatiques), étangs et prés retrouvèrent leur vocation d’origine. Classé monument historique en 1995, il témoigne aujourd’hui de huit siècles d’histoire religieuse et rurale, entre patrimoine architectural et mémoire paysanne.

L’ordre de Fontevraud, unique par sa mixité, joua un rôle clé dans la région. Les prieures, élues pour trois ans, dirigeaient des communautés contemplatives (voile noir, règle bénédictine stricte). Longpré illustre cette singularité : lieu de pouvoir féminin (noblesse locale), de pèlerinage (reliques de sainte Léocade), et de résilience face aux crises. Son déclin reflète aussi les bouleversements révolutionnaires, où le patrimoine religieux devint une ressource économique pour les nouveaux propriétaires laïcs.

Architecturalement, le site mêle vestiges du XIIe siècle (fondations, sols archéologiques) et réaménagements des XVIe–XVIIIe siècles (logis prioral en pierre de taille, portail de 1712). Les bâtiments, partiellement en moellon, portent les traces de leurs usages successifs : ferme, étable, ou logis. Les jardins actuels, inspirés des plans médiévaux, recréent un écosystème historique (plantes médicinales, vergers), tandis que les étangs, alimentés par dérivation fluviale, rappellent l’autosuffisance monastique. La forêt environnante et la vallée de l’Automne soulignent son isolement préservé.

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