Origine et histoire de l'Abbaye de l'Épau
L’abbaye royale de l’Épau, fondée entre 1229 et 1230 par Bérengère de Navarre, veuve de Richard Cœur de Lion, s’inscrit dans une tradition familiale cistercienne. La reine, après avoir perdu son époux et sans héritier, se réfugie en France et obtient du roi Philippe Auguste la seigneurie du Mans en échange de son douaire. En 1228, Louis IX lui cède la terre de l’Épau, près de la rivière Huisne, où elle décide d’ériger une abbaye pour marquer son héritage. Douze moines de Cîteaux, dirigés par l’abbé Jean, s’y installent en 1230, suivant la règle bénédictine de prière, travail et autarcie. Les premiers travaux, utilisant des matériaux locaux comme le gré roussard, débutent par l’église, tandis que les moines assainissent les marécages environnants.
La construction de l’abbaye s’étale sur plusieurs décennies, avec une campagne gothique entre 1260 et 1320 pour embellir l’église. Malgré des destructions partielles durant la guerre de Cent Ans (vers 1365), probablement pour empêcher son usage par les Anglais, l’abbaye est restaurée grâce à des fonds royaux. Au XVe siècle, l’abbé Guillaume de Bonneville relance son rayonnement, tandis qu’au XVIe siècle, l’introduction des abbés commendataires par Louis XI plonge le monastère dans des conflits internes. Les XVIIe et XVIIIe siècles voient des aménagements majeurs, comme la transformation du réfectoire en salons et la disparition de la flèche de l’église.
La Révolution française marque un tournant : l’abbaye, vendue comme bien national en 1790, devient une blanchisserie puis une ferme. Son gisant, redécouvert en 1816 par un Anglais, est transféré à la cathédrale du Mans en 1821. Au XXe siècle, le conseil général de la Sarthe rachète et restaure le site (à partir de 1959), redonnant vie à ce patrimoine. Depuis 1965, l’abbaye accueille des événements culturels, dont le festival de musique classique de l’Épau, et abrite les réunions du conseil départemental. Des fouilles récentes (2019) ont tenté, sans succès, de localiser la sépulture originale de Bérengère.
L’architecture de l’Épau reflète son histoire mouvementée : la salle capitulaire (IX travées), le scriptorium voûté, ou les fresques du XIVe siècle côtoient des éléments du XVIIIe comme les parloirs en fer forgé. Le gisant de Bérengère, étudié en 2018, révèle une iconographie royale (couronne, lion) et une aumônière symbolisant sa générosité. Aujourd’hui gérée par Sarthe Culture, l’abbaye allie préservation patrimoniale et animation culturelle, perpétuant son lien avec le territoire et son passé cistercien.
Filiation et dépendances marquent aussi son histoire : fille de l’abbaye de Cîteaux, l’Épau entretient des liens avec Perseigne, autre fondation cistercienne du Maine. Les abbés commendataires, comme Thomas des Capitaines (nommé en 1479), ou les conflits avec les moines réguliers (ex. Jean Tafforeau) illustrent les tensions internes. Les sépultures, comme celle de Jean de la Rivière (1327), soulignent son rôle de nécropole pour l’aristocratie locale. Enfin, des éléments comme la charpente de châtaignier (XVe siècle) ou la rosace témoignent de son évolution stylistique, entre austérité cistercienne et embellissements gothiques.