Origine et histoire de l'Abbaye Saint-Pons
L’abbaye de Saint-Pons, située à Nice dans les Alpes-Maritimes, est l’un des plus anciens monastères de la Côte d’Azur. Selon la tradition, elle aurait été fondée en 775 par Charlemagne à la demande de son neveu Siagrius, évêque de Nice, sur le lieu présumé du martyre de saint Pons, un sénateur romain converti au christianisme et décapité vers 257-258. La Vita Siacrii, source tardive et contestée, évoque cette fondation, mais aucune preuve historique solide ne confirme le lien entre Charlemagne et Siagrius, ni son statut d’évêque. Les fouilles archéologiques attestent cependant d’un aménagement carolingien (774-800), comme en témoignent cinq fragments d’un chancel orné d’une inscription commémorant la restauration du tombeau de saint Pons sous l’impulsion de Charlemagne.
L’abbaye, confiée aux bénédictins, connut un essor spirituel et économique jusqu’au IXe siècle, date à laquelle elle fut détruite par les Sarrasins lors de leurs raids en Provence. Reconstruite après leur expulsion en 975, elle devint au Moyen Âge un pouvoir temporel et spirituel majeur dans le comté de Nice. Ses abbés, nommés par le pape, cumulaient droits seigneuriaux (justice, hommages, monopoles sur moulins) et ecclésiastiques (nomination des curés, port de la mitre). Au XIIe siècle, l’abbaye possédait plus de la moitié de Nice et fonda de nombreuses églises régionales, comme Sainte-Réparate (1185) ou Notre-Dame de Cimiez (1346). Son déclin débuta au XVIe siècle avec la commende et les guerres, avant sa fermeture définitive en 1792 par Victor-Amédée III de Sardaigne.
Transformée en hôpital militaire sous la Révolution, l’abbaye fut vendue à la ville de Nice en 1908. Son église, reconstruite en 1724 dans un style baroque (plan ellipsoïdal, façades arrondies), fut classée monument historique en 1913, tandis que les façades et toitures du cloître furent inscrites en 1949. Aujourd’hui intégrée à l’hôpital Pasteur, elle conserve des vestiges carolingiens, comme les fragments du chancel du tombeau de saint Pons, et une crypte médiévale. Son histoire reflète les bouleversements politiques et religieux de la région, de l’Antiquité tardive à la sécularisation moderne.