Frise chronologique
vers 580
Fondation par Evrost
Fondation par Evrost
vers 580 (≈ 580)
Création sur tombeau de saint Lucien
1109
Consécration de l'abbatiale
Consécration de l'abbatiale
1109 (≈ 1109)
Reconstruction en pierre débutée fin XIe
1346
Incendie par Édouard III
Incendie par Édouard III
1346 (≈ 1346)
Guerre de Cent Ans, destruction partielle
1492
Début de la commende
Début de la commende
1492 (≈ 1492)
Nomination d’Antoine Du Bois par le roi
1790
Dissolution révolutionnaire
Dissolution révolutionnaire
1790 (≈ 1790)
Vente comme bien national
1930-1965
Classements des vestiges
Classements des vestiges
1930-1965 (≈ 1948)
Porte, tour, et terrain préservés
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Eglise ; dortoir ; réfectoire ; grange et bâtiment de la maladrerie : classement par arrêté du 26 avril 1939 ; Mur d'enceinte avec ses portes ; logis avec mur en retour séparant les parcelles AE 130 et AE 134, bergerie et mur contigü jusqu'à la grange ; totalité du sol de l'ancienne maladrerie ; mur du XVIIIe siècle entre les parcelles AE 134 et AE 396 (cad. AE 129 à 135, 393 à 396) : inscription par arrêté du 28 juin 1989
Personnages clés
| Evrost - Fondateur et premier abbé |
Créa l’abbaye vers 580 |
| Lucien de Beauvais - Martyr et saint patron |
Reliques vénérées jusqu’en 1793 |
| Antoine Du Bois - Premier abbé commendataire (1492) |
Nommé par le roi, lance des travaux |
| Odet de Coligny - Abbé commendataire protestant |
Pille l’abbaye en 1560 |
| Florimond de Villers-Saint-Paul - Défenseur contre Charles le Téméraire |
Mort en 1473, gisant conservé |
| Bossuet - Abbé commendataire (XVIIe) |
Restaure bâtiments et archives |
Origine et histoire
L’abbaye Saint-Lucien, fondée vers 580 par l’abbé Evrost sur le tombeau du martyr Lucien de Beauvais, devint un lieu de pèlerinage réputé pour ses reliques, censées guérir folie et épilepsie. Détruite par les Normands aux IXe siècle, elle fut restaurée grâce à des dons royaux et épiscopaux, puis reconstruite en pierre au XIIe siècle. Son abbatiale, dédiée en 1109, devint le cœur d’une congrégation de prieurés dépendants, dont certains en Angleterre.
Au XIVe siècle, l’abbaye subit les ravages de la Guerre de Cent Ans : incendiée en 1346 par Édouard III, elle fut fortifiée et partiellement reconstruite, incluant un réfectoire voûté et une enceinte défensive. Au XVe siècle, le régime de la commende s’installa, marquant la fin des abbés élus par les moines. Les abbés commendataires, comme Antoine Du Bois (1492) ou Odet de Coligny (protestant en 1560), exploitèrent ses ressources, tandis que les moines tentèrent un retour à la règle bénédictine au XVIIe siècle sous l’impulsion de la congrégation de Saint-Maur.
L’abbaye fut dissoute en 1790 lors de la Révolution. Ses bâtiments, vendus comme biens nationaux, furent démolis dès 1791, à l’exception de vestiges comme la porte d’entrée (XIIe siècle) et une tour du XVe siècle, classés monuments historiques. Les reliques de saint Lucien, transférées à la cathédrale de Beauvais, furent détruites en 1793. Aujourd’hui, le site, propriété municipale, conserve des éléments mobiliers dispersés : stalles au musée de Cluny, un gisant à Nogent-sur-Oise, et une chaire à prêcher dans la cathédrale.
L’abbaye joua un rôle central dans la vie religieuse et économique de Beauvais, possédant jusqu’à vingt paroisses et des terres étendues. Son déclin au XVIIIe siècle refléta les tensions entre jansénistes et autorités ecclésiastiques, avant sa suppression définitive. Les fouilles et archives (comme celles de Deladreue et Mathon, 1871) témoignent de son importance historique, malgré la disparition quasi totale de ses bâtiments.
Les vestiges actuels, inscrits ou classés entre 1930 et 1965, incluent des fragments du mur d’enceinte et une tour du XVe siècle. Le site, occupé successivement par une filature, des militaires, puis des logements sociaux, illustre les mutations urbaines de Beauvais. Les études archéologiques (comme celles de Claire Fons, 1975) ont permis de reconstituer partiellement son plan et son évolution architecturale, des origines romanes à ses dernières transformations classiques.