Frise chronologique
778
Premier document attestant l’abbaye
Premier document attestant l’abbaye
778 (≈ 778)
Destruction d’un premier monastère mentionné.
820
Fondation de l’abbaye actuelle
Fondation de l’abbaye actuelle
820 (≈ 820)
Par l’abbé Sunifred, dédiée à sainte Marie.
858
Pillage par les Normands
Pillage par les Normands
858 (≈ 858)
Destruction partielle, dont le clocher.
1141–1157
Campagne de restauration
Campagne de restauration
1141–1157 (≈ 1149)
Sous protection des comtes de Barcelone.
1046 et 1157
Consécrations de l’église abbatiale
Consécrations de l’église abbatiale
1046 et 1157 (≈ 1157)
Première consécration inachevée, seconde après agrandissement.
1261–1303
Construction du cloître gothique
Construction du cloître gothique
1261–1303 (≈ 1282)
Premier cloître gothique de Catalogne Nord.
1592
Union avec l’abbaye de Sorède
Union avec l’abbaye de Sorède
1592 (≈ 1592)
Décrétée par le pape Clément VIII.
1789
Rvolution française
Rvolution française
1789 (≈ 1789)
L’abbatiale devient église paroissiale.
1862 et 1908
Classements Monuments historiques
Classements Monuments historiques
1862 et 1908 (≈ 1908)
Cloître (1862), église et tours (1908/1929).
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Cloître : classement par liste de 1862 ; Eglise : classement par arrêté du 21 janvier 1908 ; Croix en fer forgé du XVIe siècle, placée au centre du cloître : classement par arrêté du 21 janvier 1908 ; Les deux tours de l'ancienne enceinte de l'abbaye, à droite et à gauche de la façade Ouest de l'église : classement par arrêté du 18 septembre 1929
Personnages clés
| Castellanus - Moine ermite et fondateur |
Installa le premier monastère vers 778. |
| Sunifred - Abbé fondateur (820) |
Frère du fondateur de la Maison de Catalogne. |
| Arnulfe - Abbé (fin Xe siècle) |
Rapporta les reliques des saints Abdon et Sennen. |
| Ramon Desbac (Raymond II Desbach) - Abbé (1261–1303) |
Construisit le cloître gothique et le palais abbatial. |
| Lazare Trémullas - Sculpteur (XVIIᵉ siècle) |
Auteur du retable pré-baroque (1647). |
| Esteve Bosch et Antoine Peytavi - Artisans (XVIᵉ siècle) |
Sculptèrent le retable du Rosaire (1590). |
Origine et histoire
L’abbaye Sainte-Marie d’Arles-sur-Tech trouve ses origines au VIIIe siècle, lorsque le moine Castellanus, venu d’Espagne, s’installa comme ermite près des thermes antiques d’Arles (actuelle Amélie-les-Bains). En 778, un document atteste déjà de l’existence d’un monastère détruit, puis reconstruit en 820 par l’abbé Sunifred, frère du fondateur de la Maison de Catalogne. Sous la protection royale de Louis le Pieux (charte de 821), l’abbaye se développe, malgré les pillages normands en 858. Au Xe siècle, l’abbé Arnulfe rapporte de Rome les reliques des saints Abdon et Sennen, faisant d’Arles-sur-Tech la « ville des Corps Saints ». Ces reliques, placées dans un sarcophage paléochrétien du Ve siècle, attirent pèlerins et donations, consolidant le rayonnement de l’abbaye.
Au XIe siècle, l’abbaye passe sous l’obédience de Cluny, puis de Moissac. L’église abbatiale, consacrée en 1046 puis en 1157, est agrandie et voûtée, tandis que le cloître gothique (XIIIe siècle), œuvre de l’abbé Ramon Desbac, devient le premier de ce style en Catalogne Nord. Les comtes de Barcelone, puis les rois de Majorque, protègent l’abbaye, qui prospère grâce à ses possessions (prieurés, hospices) et son rôle sur la route de Saint-Jacques. Cependant, des conflits éclatent au XIIIe siècle entre moines et habitants, menant à la vente du village des Bains (Amélie-les-Bains) au roi Nuno Sanche en 1235.
Le déclin s’amorce au XVe siècle, malgré l’union avec l’abbaye de Sorède en 1592. La Révolution française épargne l’abbatiale, devenue église paroissiale, mais les bâtiments monastiques sont vendus. Le monument conserve des trésors : une façade romane sculptée (XIe siècle) avec un Christ en gloire, un cloître en marbre de Céret, et la Sainte-Tombe, sarcophage miraculeux suintant une eau réputée curative. Aujourd’hui, la tradition de la Rodella (procession du 30 juillet) perpétue le culte des saints Abdon et Sennen, témoignant de la vitalité historique et spirituelle du site.
L’abbaye illustre aussi l’architecture lombarde (façade à arcatures aveugles) et gothique (cloître, salle capitulaire). Ses retables baroques (XVIIe–XVIIIe siècles), comme celui de Lazare Trémullas (1647), et son orgue du XVIIIe siècle enrichissent son patrimoine. Classée Monument historique (1908 pour l’église, 1862 pour le cloître), elle incarne la synthèse des influences carolingiennes, romanes et gothiques en Roussillon, tout en restant un lieu de dévotion active.
Les possessions de l’abbaye, dont le prieuré Saint-Martin de Fenouillar (avant 844) et l’hospice du col de la Perche (avant 965), soulignent son rôle dans l’accueil des pèlerins. Le sarcophage de la Sainte-Tombe, étudié en 1961, révèle un phénomène hydrologique lié à la pluviométrie, démystifiant partiellement sa réputation miraculeuse. Malgré les spoliations et les déclin, l’abbaye reste un symbole de la résistance monastique et de l’identité catalane, entre France et Espagne.