Origine et histoire
L’ancienne chambre de commerce de Saint-Étienne, dite Maison des avocats, fut construite en 1821 par l’architecte Jean-Michel Dalgabio pour abriter la chambre de commerce et d’industrie ainsi que la Condition des soies, institution chargée de contrôler la qualité des fils de soie. Initialement située place du Peuple, la Condition des soies s’installe dans ce bâtiment, tandis que la Bourse occupe le rez-de-chaussée. Ce projet, validé par le Conseil des Bâtiments civils en 1819, reflète l’importance économique de Saint-Étienne, alors en plein essor industriel.
Entre 1856 et 1875, l’architecte Etienne Boisson entreprend une restauration majeure, démolissant partiellement l’édifice avant de le reconstruire, en raison de son état dégradé. En 1892, Léon Lamaizière rehausse le bâtiment d’un étage et refait les toitures, modernisant ainsi sa structure. La salle d’honneur, cœur symbolique du lieu, est ornée d’une peinture allégorique au plafond par Albert Maignan (représentant la Mine, la Métallurgie, l’Armurerie et la Rubanerie) et de tapis des Gobelins inspirés de ses dessins, illustrant les activités phares de la région : houille, soie, fer et verre. Les peintres locaux Emile Noirot et Charles Beauverie complètent la décoration avec des médaillons paysagers.
Le bâtiment, partiellement inscrit aux monuments historiques en 2002 (façades, toitures, jardins, fontaines et salle d’honneur), incarne le style Troisième République et les tensions entre la Ville et la chambre de commerce, notamment autour des jardins attenants, considérés comme des places publiques inaliénables. En 1993, la chambre de commerce quitte les lieux pour s’installer dans l’ancienne Manufacture d’armes (Manufrance), laissant place à l’Ordre des avocats, actuel occupant. Les fontaines ajoutées en 1923 et les rénovations de 2004 achèvent de marquer son évolution.
La Condition des soies, créée par décret en 1808 et initialement liée à la chambre de commerce de Lyon, joue un rôle clé dans le commerce textile stéphanois. Son installation dans ce bâtiment en 1821, aux côtés de la Bourse, souligne le lien entre industrie et régulation économique. Les revenus de la Condition, détachés du budget municipal à partir de 1861, financent partiellement la chambre de commerce, illustrant son poids économique. Le déménagement de la Condition en 1910 précède celui de la chambre de commerce, marquant la fin de son usage initial.
L’architecture du bâtiment, de style classique, se distingue par sa façade à sept travées symétriques, ses arcades au rez-de-chaussée et sa couverture mixte (tuiles et verrière). Le hall, remanié dans les années 1950 par l’architecte Martin, intègre un escalier central initialement conçu pour un éclairage zénithal, aujourd’hui masqué par un faux-plafond. Les jardins, entourés d’une barrière ouvragée commandée en 1898, restent un sujet de discorde jusqu’à leur classement avec le monument. Les bustes des présidents de la chambre, autrefois exposés dans la salle d’honneur, sont désormais conservés au musée d’Art et d’Industrie de Saint-Étienne.