Origine et histoire
La première chapelle, dédiée à Saint-Grégoire, fut construite entre 1610 et 1611 par les Bénédictins anglais le long de l’actuelle rue Saint-Benoît à Douai. De style gothique, elle présentait une façade ornée d’une rosace et d’un fronton à volutes, typique des églises jésuites. Son chevet circulaire à cinq pans et ses vitraux à remplage complexe en faisaient un édifice remarquable. Abandonnée après le départ des Bénédictins en 1793, elle fut détruite en 1832 malgré des débats sur sa restauration.
En 1840, la communauté bénédictine de Saint-Edmund, installée à Douai depuis 1816, confia à l’architecte anglais Augustus Pugin la construction d’une nouvelle chapelle. Ce dernier proposa un édifice néo-gothique en brique, inspiré des modèles anglais comme les chapelles d’Oxford ou de Cambridge. Le projet initial, rejeté pour son absence de division intérieure, fut modifié pour inclure un réfectoire au rez-de-chaussée et une chapelle à l’étage. Les travaux, financés par des fonds anglais, s’achevèrent en 1843.
La chapelle actuelle se distingue par son plan basilical à nef unique, sa voûte en berceau brisé en bois peint, et son absence de décoration extérieure. Pugin y appliqua ses principes esthétiques, comme la visibilité de la structure porteuse, symbole de la foi catholique. Les vitraux, attribués à Pugin mais non signés, furent réalisés par la société Hardman & Co, tandis que les peintures du lambris et les dorures du réfectoire furent exécutées par des moines bénédictins anglais, les frères Binnell. La statuaire fut confiée au sculpteur belge Jan van Arendonck.
L’édifice, intégré aujourd’hui au lycée Jean-Baptiste Corot, conserve des éléments remarquables comme son sol en chêne inspiré du parquet « Versailles » et ses carreaux de ciment au rez-de-chaussée, possiblement dessinés par Pugin. La chapelle, classée Monument Historique en 1975, illustre l’influence du néo-gothique anglais en France et le rôle des communautés religieuses dans la transmission du patrimoine architectural.
Le style sobre de Pugin, marqué par l’usage de la brique et l’absence d’ornementation superflue, rappelle ses autres réalisations comme la cathédrale Saint-Chad de Birmingham. L’intérieur, avec ses stalles et sa tribune d’orgue, évoque les chapelles universitaires anglaises, tandis que la charpente apparente et les tirants en fer reflètent son attachement à une architecture « honnête », où la structure prime sur le décor.