Origine et histoire
L'ancienne chapelle Saint-Sauveur de Casenoves est une petite église romane, anciennement paroissiale, construite au milieu du XIe siècle et liée à un village aujourd'hui disparu. Elle se situe sur la commune d'Ille-sur-Têt, sur la rive gauche de la Têt, sur un cône de déjection accolé à des falaises, à une altitude d'environ 161 mètres et à deux kilomètres à l'ouest du centre d'Ille-sur-Têt, à moins de trois kilomètres de Rodès et de Bouleternère. Les terres alluviales de la vallée alentours étaient traditionnellement consacrées aux vergers, tandis que le plateau voisin, culminant rapidement autour de 300 mètres, était plutôt dédié à l'élevage et couvert de landes et de bois ouverts.
Le toponyme Casesnoves, issu du latin Casas novas via le catalan, apparaît dès 1076 ; on rencontre aussi les formes Casanoves, Cazenoves ou Casenoves. Si les documents anciens désignent l'église sous l'invocation du Saint-Sauveur, une tradition locale des XIXe et début XXe siècles l'associait aux saints Just et Pasteur.
L'édifice primitif, de première période romane, se compose d'une nef unique, d'une travée de chœur et d'une abside semi-circulaire. La tour carrée a sans doute été élevée à la fin du XIe siècle et il est possible que la construction ait eu lieu en deux phases, avec une surélévation tardive. L'accès se faisait par une petite porte ; l'église était entourée d'un cimetière.
Des peintures murales romanes ornaient l'abside et le chœur : un Christ en majesté entouré des symboles des quatre évangélistes dans l'abside, et dans le chœur des scènes d'Adoration des Mages, d'Annonciation et de Crucifixion. Le style des peintures et l'épigraphie des inscriptions permettent de les situer sensiblement à l'époque de la construction ou un peu plus tard, au début du XIIe siècle. Un autre ensemble peint découvert dans une chapelle latérale date du début du XIVe siècle ; ces fresques romanes témoignent d'un style local employant des procédés proches de ceux des miniaturistes des monastères catalans.
Un premier document mentionnant la chapelle date de 1288 et cite un prêtre chapelain nommé Ramon Joan. Aux XIIIe ou XIVe siècles, la nef a été prolongée vers l'ouest, surmontée à son extrémité d'un clocher-mur, une chapelle a été ajoutée au nord, la porte sud a été murée et remplacée par un portail dans la nouvelle partie du bâtiment, qui était alors décorée et entourée d'un cimetière. La population du village a décliné aux XIVe et XVe siècles, et en 1561 la paroisse de Casesnoves a été incorporée à celle d'Ille-sur-Têt ; la chapelle, dépourvue de statut paroissial, a cependant conservé un usage cultuel jusqu'à la Révolution, puis a été vendue comme bien national et réutilisée comme remise agricole par des propriétaires privés.
Vers 1840, un calice en étain daté du XIIe ou du XIIIe siècle et une petite boîte de bois contenant des reliques ont été découverts sous la pierre d'autel ; ces pièces ont été données au musée de Cluny, où le calice est toujours conservé. En 1953, l'historien Marcel Durliat redécouvre les peintures murales et propose leur protection au titre des monuments historiques, mais en 1954 un antiquaire, Marcel Simon, achète puis arrache ces peintures, provoquant un scandale local et plusieurs procès. L'église entière a été inscrite au titre des monuments historiques le 6 juin 1955 ; des fragments des peintures sont réapparus en Suisse en 1978 lors d'une exposition au musée d'Art et d'Histoire de Genève, impliquant la fondation Abegg dans des procédures judiciaires relatives à l'acquisition.
La commune d'Ille-sur-Têt a racheté l'église en 1990 et a mené des campagnes de restauration, notamment en 1990 et 1992, visant à consolider les murs et à rénover la toiture. Architecturalement, l'édifice est construit en moellons et couvert de lauzes ; le chevet roman lombard repose sur un petit soubassement large et présente des bandes lombardes d'arcatures, deux lésènes aux extrémités et quelques trous de boulin, ainsi qu'une fenêtre unique à simple ébrasement sous un arc en plein cintre constitué de moellons posés sur champ. La façade occidentale est couronnée par un clocher-mur comportant trois pointes.