Origine et histoire de la Chapelle de Saint-Yon
L’ancienne chapelle Saint-Yon, située dans le quartier Saint-Clément de Rouen, fut construite entre 1728 et 1734 au sein du manoir du même nom, acquis en 1705 par Jean-Baptiste de La Salle. Ce dernier y installa le siège central de son Institut des Frères des Écoles chrétiennes, un noviciat et un pensionnat innovant combinant enseignement technique (menuiserie, sculpture, botanique) et matières scientifiques, à l’exclusion du latin. La chapelle, dédiée au Saint Enfant-Jésus, abritait initialement la tombe du fondateur et était ornée de statues aujourd’hui disparues.
Le manoir de Saint-Yon, anciennement appelé Hauteville, fut rebaptisé après son acquisition en 1604 par Eustache de Saint-Yon, maître à la chambre des comptes de Normandie. Sous l’impulsion de Jean-Baptiste de La Salle (1705–1719), le site devint un pôle éducatif majeur, soutenu par l’archevêque Colbert et le Parlement de Normandie. Après la Révolution, le manoir connut des usages variés : prison, asile d’aliénés (dirigé par des figures comme Bénédict Morel), puis école normale à partir de 1881, formant des personnalités comme Charles Angrand.
Au XXe siècle, le site évolua en collège (Alexis-Carrel, puis Jean-Lecanuet) avant d’accueillir la Cité des métiers de Haute-Normandie (2005–2011). Depuis 2012, après restauration par la Région, il abrite l’Atrium, Pôle régional des Savoirs. La façade classique de la chapelle, seule partie subsistante avec sa crypte (inscrite aux Monuments Historiques en 1991), témoigne de ce passé riche, entre pédagogie pionnière et adaptations architecturales.
Durant la Première Guerre mondiale, une partie du manoir fut convertie en hôpital auxiliaire (no 103) par l’Union des femmes de France pour soigner les soldats blessés. Un monument aux morts, œuvre du sculpteur Alphonse Guilloux, fut inauguré en 1921 en présence du président Alexandre Millerand. Ces transformations illustrent la résilience du site, passé d’un lieu religieux et éducatif à un espace mémoriel et culturel.
L’asile Saint-Yon, l’un des premiers de France réservé aux aliénés (dès 1825), joua un rôle clé dans l’histoire psychiatrique normande. Sous la direction de médecins comme Achille-Louis Foville ou Maximien Parchappe, il produisit des statistiques sociales innovantes, étudiées par les cercles médicaux et administratifs. En 1878, les services furent transférés vers un nouvel établissement à Sotteville-lès-Rouen, marquant la fin de cette vocation hospitalière sur le site rouennais.