Origine et histoire
La commanderie de Soultz-Haut-Rhin, fondée probablement au début du XIIIe siècle, était une implantation des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Son église aurait été consacrée en 1234, et le premier commandeur attesté, Bourcart Grametsch, est mentionné en 1269. Le site, situé hors des fortifications de la ville, était protégé par deux tours encore visibles aujourd’hui, bien qu’intégrées à des constructions ultérieures. La Réforme au XVIe siècle provoqua une crise, mais des travaux furent entrepris en 1533, 1543, puis en 1581-1582 sous le commandeur Hans Philip de Mollenheim, comme en témoignent les dates gravées et ses armoiries (aujourd’hui bûchées).
En 1775, l’église médiévale fut détruite et remplacée par l’édifice actuel, marqué par cette date. Des fouilles menées à partir de 1979 ont révélé les fondations de l’église originelle, tandis que le corps de logis, remanié aux XVIe et XVIIIe siècles, conserve des vestiges des XIIIe et XIVe siècles. Vendue comme bien national en 1794, la commanderie fut rachetée par la ville de Soultz en 1983. Elle abrite aujourd’hui une collection de jouets (nef des jouets Hauesser) et des éléments architecturaux médiévaux conservés au musée municipal.
Le monument est partiellement classé depuis 1983 : façades, toitures du logis, la chapelle, et le sol renfermant les vestiges de l’église font l’objet d’une protection. Des restaurations en 1993 ont mis au jour un plafond à solives peintes. La commanderie illustre ainsi l’évolution d’un site hospitalier sur plus de cinq siècles, marqué par des phases de construction, de crise religieuse, et d’adaptations architecturales.
Située au 12 rue Jean-Jaurès, la commanderie est un témoignage rare en Alsace de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, dont l’influence s’étendait à travers l’Europe médiévale. Les sources archivistiques et archéologiques (comptes-rendus de fouilles, bulletins locaux) documentent son histoire, tandis que des références comme le Dictionnaire des monuments historiques d’Alsace (1995) ou les travaux de Bernhard Metz en précisent les transformations.
Aujourd’hui, le site allie patrimoine et usage culturel, avec des vestiges médiévaux accessibles et une vocation muséale. Les deux tours d’enceinte, bien que modifiées, rappellent son rôle défensif initial, tandis que la chapelle et le logis reflètent les adaptations aux besoins des commandeurs et de l’ordre au fil des siècles.