Origine et histoire de la Condition des soies
La condition des soies de Lyon, située 7 rue Saint-Polycarpe dans le 1er arrondissement, fut construite entre 1804 et 1814 sur d’anciens jardins des Capucins. Conçue par l’architecte Joseph-Jean-Pascal Gay, elle répondait à un besoin crucial : mesurer avec précision l’humidité de la soie pour en fixer le poids marchand, évitant ainsi les fraudes dans un commerce alors en plein essor. Son architecture, inspirée des palais italiens, reflète son rôle institutionnel, avec une façade ornée de motifs symboliques (feuilles de mûrier, vers à soie) et un escalier monumental.
L’établissement fut fondé initialement en 1779 par Jean-Louis Rast-Maupas, avant d’être repris en 1805 par la Chambre de commerce de Lyon. Sous Napoléon Ier, sa création s’inscrit dans une série de réformes pour relancer la Fabrique lyonnaise, aux côtés du tribunal des prud’hommes (1806) et d’une école de dessin. La méthode de conditionnement – dessiccation de la soie à 140°C pour en mesurer l’humidité résiduelle – fut perfectionnée par l’ingénieur Léon Talabot en 1842. Le bâtiment, agrandi en 1884, connut son apogée à la fin du XIXe siècle (8 000 tonnes traitées annuellement), avant de décliner avec l’arrivée des fibres artificielles.
Au XXe siècle, la condition des soies abritera le Centre de Recherches de la Soierie (années 1950) puis, après sa désaffectation en 1976, sera réhabilitée en 1982 par le cabinet Mortamet-Vidal-Manhés. Depuis, elle accueille la bibliothèque municipale du 1er arrondissement, un centre social (Quartier Vitalité) et une association d’anciens combattants. Classée monument historique en 1980 pour ses façades et son escalier, elle témoigne de l’âge d’or de la soie lyonnaise, entre innovation technique et rayonnement économique.
Le laboratoire d’études de la soie, installé au second étage, joua un rôle scientifique majeur sous la direction de Jules Dusuzeau (1885–1897) puis Daniel Levrat (1897–1940). Ses recherches sur le bombyx du mûrier et la qualité des fils, couplées à des analyses chimiques, contribuèrent à mécaniser le moulinage et le tissage. Un bas-relief de Pasteur, ajouté en 1924, rappelle l’importance des avancées scientifiques dans l’industrie textile. Aujourd’hui, le lieu allie patrimoine et vie locale, perpétuant une mémoire à la fois technique et sociale.
La condition publique des soies de Lyon, seconde après celle de Turin (1684), fut créée par décret en 1805 pour unifier les pratiques commerciales. Son procédé de conditionnement – ajout de 11% d’humidité standardisée après dessiccation – devint une référence européenne. Le déclin de la soierie au XXe siècle, face à la concurrence des fibres synthétiques, mena à sa fermeture en 1976. Sa réhabilitation en espace culturel et associatif en 1982 en fit un symbole de la reconversion du patrimoine industriel lyonnais.