Origine et histoire de l'ancienne douane
L’ancienne douane de Strasbourg, appelée s'Kaafhüs en dialecte local, est un bâtiment emblématique du centre historique, construit en 1358 par la corporation des bateliers. Situé sur la rive gauche de l’Ill, à proximité du pont du Corbeau et de la place du Vieux-Marché-aux-Poissons, il servait initialement à contrôler, taxer et stocker les marchandises transitant par le Rhin (vin, poisson, tabac à partir du XVIIe siècle). Dirigé par un Kaufhausherr (bourgeois élu), il abritait aussi une foire, un hôtel de change, et frappait la monnaie strasbourgeoise. Agrandi dès 1389 et en 1507 après un incendie, il fut modifié aux XVIIIe et XIXe siècles avant de devenir un marché aux vins, puis aux poissons.
En 1803, le bâtiment perd sa fonction douanière et accueille successivement un marché aux vins (jusqu’en 1842), un magasin de tabac (1853), puis le marché aux poissons (1897). Gravement endommagé par un bombardement allié en 1944, sa reconstruction (1962–1965) par l’architecte Robert Will restaura son apparence d’origine, avec des ajouts modernes comme un restaurant et une salle d’exposition. Classé monument historique en 1948, il symbolise aujourd’hui le patrimoine commercial et architectural de Strasbourg, mêlant histoire médiévale et reconversions contemporaines.
Le rez-de-chaussée fut racheté en 1401 par le boucher Spanbett, qui y exploita une auberge détruite par un incendie en 1497, puis reconstruite en 1507 grâce à l’Œuvre Notre-Dame. Les grues médiévales, actionnées par des « cages d’écureuil », disparurent au XVIIIe siècle. Après la Seconde Guerre mondiale, le débat opposa projets de parking ou de reconstruction à l’identique. Depuis 1966, le site abrite un restaurant (L’Ancienne Douane), une épicerie locale (La Nouvelle Douane, ouverte en 2014), et des espaces culturels.
Les agrandissements majeurs eurent lieu en 1751 (par l’architecte Boudhors) et en 1781. Le bâtiment, propriété de la ville, illustre l’évolution des usages urbains : de la régulation commerciale médiévale aux fonctions marchandes et touristiques actuelles. Son architecture, marquée par les reconstructions, conserve des traces de ses multiples vies, dont les façades et toitures protégées depuis 1948.
La dernière transformation notable fut l’incendie du restaurant en 2000, rouvert après rénovation en 2001. Jusqu’en 1998, une partie du bâtiment abritait le musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg, soulignant son rôle polyvalent dans la vie culturelle et économique de la cité.