Origine et histoire
La maladrerie Saint-Lazare de Tours fut fondée entre la fin du XIe siècle et le XIIe siècle comme établissement destiné à isoler les lépreux, conformément aux décisions du troisième concile du Latran (1179). Située en périphérie sud de la ville, loin du centre urbain pour éviter la contagion, elle comprenait une chapelle dédiée à Lazare de Béthanie et des bâtiments d’hébergement réservés aux malades tourangeaux de naissance. Les fouilles de 1993 y ont exhumé 57 squelettes, majoritairement porteurs de lésions lépreuses, faisant de ce site le plus important chantier archéologique français sur une léproserie.
Au XIVe siècle, avec le déclin de la lèpre et l’arrivée de la peste noire, la maladrerie fut transformée en hôpital pour pestiférés, conservant son nom d’origine. Son isolement géographique, hérité de sa vocation première, influença durablement le quartier environnant, qui prit le nom de Sanitas (santé en latin). Ce toponyme, lié à la présence historique de l’établissement, persiste encore aujourd’hui dans la toponymie tourangelle.
À partir du XVIIe siècle, la disparition de la peste entraîna un changement de vocation : un édit royal de 1672 rattacha la maladrerie aux ordres religieux du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem, avant qu’elle ne devienne une résidence militaire en 1698. Au XVIIIe siècle, les bâtiments furent convertis en entrepôts de quarantaine pour marchandises, maintenant leur rôle sanitaire en marge de la ville. La Révolution française marqua une rupture avec la vente des lieux comme biens nationaux, scindés en deux lots distincts.
La chapelle, seul vestige actuel, connut une histoire mouvementée : utilisée comme atelier au XIXe siècle, elle fut ravagée par un incendie en 1910, puis transformée en habitation et dépôt avant d’être abandonnée. Inscrite aux monuments historiques en 1987, elle fit l’objet de fouilles en 1993 et fut réhabilitée en 1997 lors de la construction d’une résidence pour personnes âgées. Aujourd’hui, sa façade ouest, très remaniée, et quelques éléments intérieurs (chapiteaux à palmettes, arcs à dents de scie) subsistent, bien que non accessibles au public.
L’architecture originale de la chapelle, longue de 22 mètres, comportait une nef de quatre travées terminée par une abside en cul-de-four, agrandie au XIIe siècle par un collatéral nord. Les destructions successives (incendie de 1910, démolition des voûtes et absides) n’ont laissé intacts que des fragments décoratifs de qualité, aujourd’hui dissimulés derrière des murs modernes. Le site, situé à 250 mètres au sud de la gare SNCF, occupe un emplacement historique : une nécropole gallo-romaine du IIe siècle s’y trouvait auparavant, le long d’une voie antique reliant Caesarodunum (Tours) au sud de la Gaule.