Origine et histoire
La Manufacture des tabacs d’Issy-les-Moulineaux fut édifiée entre 1900 et 1904 pour remplacer l’ancienne manufacture parisienne du Gros-Caillou. Conçue par l’ingénieur Paul Berdin selon le modèle Rolland (XIXe siècle), elle incarne une architecture industrielle solennelle, avec une cheminée de 45 mètres et des ateliers organisés autour de chaufferies. Ce plan type, développé par Eugène Rolland, visait une mécanisation optimale et une circulation fluide entre les bâtiments, tout en affirmant le prestige d’un établissement d’État.
Inaugurée en 1904, la manufacture employait initialement 1 200 ouvriers, majoritairement des femmes, pour produire 500 cigarettes par minute. La mécanisation accrue porta la cadence à 1 600 cigarettes en 1930, réduisant les effectifs à 533 personnes. Spécialisée dans les cigarettes de luxe (marques Boyard, Marigny, Gitanes), elle subit des destructions lors du bombardement allemand de 1940, puis fut reconstruite après-guerre. Sa production cessa définitivement en 1977, suivie de son inscription aux Monuments historiques en 1984.
Dès 1985, les architectes François Ceria et Alain Coupel réhabilitèrent le site, démolissant partiellement les ateliers pour créer un ensemble mixte de logements, bureaux et commerces. La cheminée, symbole du lieu, fut raccourcie, tandis que le bâtiment administratif en pierre, typique du modèle Rolland, fut préservé. Aujourd’hui, l’ancienne manufacture illustre la reconversion du patrimoine industriel en espace urbain contemporain.
Son architecture combine briques et pierres, avec des galeries aériennes reliant les ateliers pour limiter les risques d’incendie. Les deux pavillons d’entrée, la cour d’honneur et les hauts murs d’enceinte rappellent sa vocation originelle. Les archives, conservées aux Hauts-de-Seine, témoignent de son rôle économique et social, notamment durant les guerres mondiales, où sa production fut réquisitionnée pour les armées.
Classée Monument historique en 1984 (à l’exception des bâtiments de la rue Hartmann), la manufacture est désormais propriété privée. Son histoire reflète les mutations industrielles françaises, de l’ère mécanique à la tertiarisation, tout en préservant une mémoire ouvrière et architecturale unique en Île-de-France.