Origine et histoire de la Manufacture d'armes
La manufacture d'armes de Saint-Étienne (MAS) trouve ses origines dans l’artisanat coutelier médiéval de la ville, réputée dès le Moyen Âge pour ses 80 moulins produisant armes de guerre et de chasse. En 1665, un magasin royal des armes est créé à Paris, approvisionné par Saint-Étienne. La Manufacture royale d'armes est officiellement fondée en 1765 sous Louis XV, dirigée par Jean Joseph Carrier de Montieu, avant d’être impliquée dans des trafics d’armes et de soutenir les insurgés américains. À la Révolution, la production explose, valant à Saint-Étienne le surnom d’Armeville, et l’usine s’étend dans des églises désaffectées comme le couvent des Ursulines.
En 1838, les frères Jovin cèdent la manufacture à l’État, dont la production annuelle atteint alors 15 000 à 30 000 armes. Face à l’insuffisance des capacités sous le Second Empire, une nouvelle usine moderne est construite entre 1864 et 1870 sur 12 hectares près de la place Carnot. Conçue dans un style néo-classique et rationaliste (briques rouges, pierres blanches), elle intègre machines à vapeur, ateliers spécialisés et logements pour les directeurs. En 1894, l’usine emploie 10 000 ouvriers et produit 1 600 fusils par jour, devenant un établissement d’État sous tutelle du ministère de la Guerre.
Le XXe siècle marque le déclin de la MAS, rythmée par les guerres et les crises. En 1963, la production se diversifie (blindés, armes antichars, protections NBC), mais les effectifs chutent de 11 000 en 1940 à 2 200 en 1981. Reprise par GIAT Industries en 1989, la manufacture ferme définitivement en 2001. Le site est alors reconverti : Cité du design, logements, centre de recherche en optique, et écoles d’art. Depuis 2006, plusieurs éléments (bâtiment de l’horloge, grande usine en double H, jardins) sont classés monuments historiques.
L’architecture de la manufacture, inspirée par la Saline royale d’Arc-et-Senans, incarne la puissance industrielle du Second Empire. Organisée autour d’une cour d’honneur symétrique, elle mêle style éclectique (Louis XIII, Napoléon III) et innovations techniques (fer, fonte). Les jardins, conservant leurs essences d’origine, et les bâtiments administratifs (comme l’hôtel des directeurs, partiellement détruit) témoignent de cette époque. La reconversion du site préserve aujourd’hui ce patrimoine, tout en l’adaptant à des usages contemporains (culture, éducation, habitat).
Parmi les armes produites, le revolver Chamelot-Delvigne Modèle 1873 reste emblématique. La manufacture a aussi collaboré avec des figures comme Beaumarchais, via l’armateur nantais Jean Peltier Dudoyer, pour soutenir les insurgés américains. Son histoire reflète les bouleversements politiques (Rvolution, guerres mondiales) et technologiques (machines-outils, standardisation) qui ont marqué l’industrie française.