Origine et histoire de l'ancienne usine Desmarest
L’ancienne usine Desmarest, située à Méru dans l’Oise (Hauts-de-France), fut construite entre 1857 et 1887 sous l’impulsion de Charles Fessart, négociant en matières premières pour la tabletterie. Ce complexe industriel, premier du genre motorisé à Méru grâce à une machine à vapeur, symbolise l’essor de cette activité au XIXe siècle. Ses bâtiments en brique, dotés de grandes baies vitrées et d’une cheminée tronconique, reflètent l’architecture typique de la Révolution industrielle dans le Nord de la France. L’usine produisait des objets en nacre, corne, ivoire et bois (boutons, jetons, dés, etc.), faisant de Méru la « Capitale mondiale du bouton de nacre ».
En 1892, le site passe aux frères Dégremont, qui y emploient jusqu’à 80 ouvriers et louent des ateliers à des artisans. La production décline au XXe siècle face à la concurrence des matériaux synthétiques et à la disparition des débouchés traditionnels (éventails, carnets de bal). Après un incendie en 1946 et l’arrêt définitif de la production en 1972, l’usine sert d’entrepôt pour des jouets avant d’être rachetée par la ville. Classée Monument Historique en 1994, elle est transformée en musée de la Nacre et de la Tabletterie, inauguré en 1999, pour préserver ce patrimoine industriel et artisanal.
Le musée, installé dans les anciens ateliers, reconstitue des chaînes de fabrication avec des machines d’époque, dont une machine à vapeur Albaret réimplantée sur place. Il conserve des collections variées : outils, produits finis (boutons, éventails, jeux), matières brutes, et archives (factures, livres de comptes). Le site, étendu en 2010, intègre aussi un hôtel-restaurant (« Hôtel de la Tabletterie ») et des espaces pédagogiques. Aujourd’hui, le musée perpétue les savoir-faire disparus, comme la restauration d’objets en nacre, et attire environ 20 000 visiteurs annuels, témoignant de l’héritage industriel de Méru.
L’architecture de l’usine, caractéristique des grandes industries du Nord, allie briques, baies vitrées en arc plein-cintre et toitures en ardoise. La cheminée, les écuries, et le mur d’enceinte en brique décorative sont protégés. Les travaux de rénovation (années 1990 et 2000) ont préservé ce cachet historique tout en modernisant les espaces. Le musée, labellisé « Musée de France », joue un rôle clé dans la transmission de ce patrimoine, à travers des démonstrations vivantes et des ateliers.
La tabletterie méruvienne, née au XVIIe siècle comme activité hivernale paysanne, s’industrialise au XIXe siècle grâce aux progrès technologiques et à l’ouverture des marchés. Les artisans locaux, formés empiriquement, travaillaient corne, os, ivoire et bois pour des marchands parisiens. Au faîte de sa gloire, Méru comptait 3 856 tabletiers en 1851, exportant boutons, jeux, et accessoires de luxe. Le déclin s’amorce avec l’avènement des plastiques (galalithe, plexiglas) et la mode changeante, malgré des tentatives de modernisation (grèves de 1900 et 1936).