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Frise chronologique
1941
Construction des bancs d'essai
Construction des bancs d'essai
1941 (≈ 1941)
Début des travaux par Junkers sur le site Mathis.
1944
Bombardements alliés
Bombardements alliés
1944 (≈ 1944)
Mai et août : l'usine survit aux raids.
1951
Fin de l'usage aéronautique
Fin de l'usage aéronautique
1951 (≈ 1951)
Dernière utilisation par l'Arsenal français.
1978
Réaffectation industrielle
Réaffectation industrielle
1978 (≈ 1978)
Location par Sirco-Locarest pour engins de chantier.
14 janvier 1993
Classement Monument Historique
Classement Monument Historique
14 janvier 1993 (≈ 1993)
Inscription du bâtiment achevé à l'inventaire.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Bâtiment (1) achevé abritant les bancs d'essai et d'entretien de moteurs d'avion (cad. ER 265/62, 266/62) : inscription par arrêté du 14 janvier 1993
Personnages clés
| Émile Mathis - Industriel automobile |
Propriétaire initial du site réquisitionné en 1941. |
| Dominique Toursel-Harster - Historienne |
A étudié les bancs d'essai (1996). |
Origine et histoire
L’usine Junkers Flugzeug-und-Motorenwerke A.G. de Strasbourg, construite dans le 2e quart du XXe siècle, est un vestige emblématique de l’industrie de guerre nazie. Implantée au 33 rue du Maréchal-Lefebvre, elle fut édifiée en 1941 sur l’ancien site de l’usine automobile Émile Mathis, réquisitionné dès le début de la Seconde Guerre mondiale. Les deux bâtiments modulaires, conçus pour des bancs d’essai de moteurs d’avions, illustrent une architecture fonctionnelle typique, avec des murs en briques et des pièges à sons. Seul l’un des deux bâtiments, le Werk M, fut achevé et utilisé jusqu’en 1951.
Le site employait jusqu’à 3 500 personnes pendant la guerre, dans le cadre de la production aéronautique pour la Luftwaffe. Après 1945, les bancs d’essai furent désaffectés, puis réutilisés à partir de 1978 par une entreprise de location d’engins de chantier (Sirco-Locarest). L’usine, partiellement démolie (bâtiment inachevé et tours de refroidissement), fut classée Monument Historique en 1993 pour son intérêt architectural et historique. Les traces d’infiltrations et les installations d’origine (rails, systèmes de portage) subsistent, témoignant de son passé industriel.
L’usine Junkers s’inscrit dans un réseau plus large de sites alsaciens exploités par l’Allemagne nazie, incluant une unité de production d’armement à Illkirch-Graffenstaden. Sa conception modulaire, permettant une extension illimitée en théorie, reflète les besoins logistiques de la guerre. Les matériaux (béton armé, briques creuses en damier pour l’isolation phonique) et la structure centrale de distribution rappellent les standards industriels de l’époque. Aujourd’hui propriété privée, le bâtiment conservé reste un symbole des réquisitions et de la collaboration forcée sous l’Occupation.
Avant sa conversion en usine de guerre, le site appartenait à Émile Mathis, pionnier alsacien de l’automobile. La réquisition par Junkers, firme basée à Dessau (Allemagne), marqua un tournant dans son histoire, transformant une usine civile en complexe militaire stratégique. Les bombardements de 1944 épargnèrent le Werk M, permettant son utilisation post-guerre par l’Arsenal de l’aéronautique français. Les archives mentionnent aussi un transformateur électrique et un embranchement ferroviaire, éléments clés de son fonctionnement industriel.
L’inscription aux Monuments Historiques en 1993 souligna la valeur patrimoniale de ce site, malgré son lien controversé avec le régime nazi. Les études, comme celle de Dominique Toursel-Harster (1996), documentent son rôle dans l’effort de guerre allemand et son architecture unique. Aujourd’hui, bien que fermé au public, le bâtiment témoigne des dynamiques industrielles et politiques de l’Alsace sous l’Occupation, entre répression, innovation technique et héritage douloureux.