Origine et histoire des anciennes forges
Les anciennes forges de Brocas, dans les Landes, témoignent d'une activité sidérurgique aux XIXe et début XXe siècles. Fondée vers 1830 par Dominique Larreillet, maître de forge et conseiller général, l'entreprise prend de l'ampleur dans les années 1850 grâce au chemin de fer. Le projet remonte toutefois à 1825, lorsqu'il sollicite l'autorisation d'établir une usine près du moulin à eau de l'Estrigon; il achète ce moulin et les terres avoisinantes en 1828 et s'associe à ses fils Camille et Adolphe. Un seul haut-fourneau est finalement construit, accompagné d'un atelier d'affinage et de logements ouvriers, et la première coulée est attestée le 12 juin 1833 par une plaque en fonte. Le site valorise les ressources locales — la « garluche » comme minerai, le bois transformé en charbon et l'énergie hydraulique — mais son éloignement des principaux moyens de communication et l'usage du charbon de bois orientent la production vers les objets domestiques. La production atteint un pic dans les années 1850 et la forge adopte comme marque de fabrique une pomme de pin, visible sur de nombreux objets conservés au musée. Les statistiques de 1851 indiquent que les hauts-fourneaux de Brocas employaient 82 hommes et 64 femmes (166 personnes) et que les forges employaient 14 hommes et 7 femmes (21 personnes), soit un total de 187 emplois. L'installation des Forges de l'Adour à Boucau et Tarnos en 1881 crée une concurrence préjudiciable, entraînant l'arrêt progressif du haut-fourneau après environ cinquante ans d'activité; le domaine fait l'objet d'un partage le 6 juillet 1881. Le « domaine des forges de Brocas » comprenait alors la maison de maître et ses dépendances, moulin, haut-fourneau et accessoires, anciennes forges et bâtiments d'exploitation, pignadas, jardins, prairies et terres, pour une contenance totale de 157 hectares. Les frères Tinarrage obtiennent l'autorisation d'établir une fonderie à Brocas et fondent en 1883 les Fonderies Tinarrage à 800 mètres des forges; il n'en subsiste aujourd'hui qu'un magasin. Les forges ferment définitivement au début du XXe siècle et sont intégrées au capital des Fonderies et Émailleries de Brocas SA, à Villenave-d'Ornon. De nos jours, subsiste l'imposante masse du haut-fourneau réhabilité, proche de l'étang, et l'ensemble constitué du haut-fourneau, du moulin à farine, de l'atelier, de la grange, du barrage, du bief et des installations hydrauliques a été inscrit aux monuments historiques par arrêté du 18 septembre 2006. Depuis 1989, le musée des forges de Brocas, installé dans l'ancienne minoterie en bordure de l'Estrigon, présente l'histoire de la métallurgie dans les Landes, les techniques de production et des exemples de fontes moulées reconnaissables à la marque en forme de pomme de pin, ainsi qu'une vidéo sur les techniques de moulage. En 2020, le site a été retenu pour bénéficier de l'aide du Loto du patrimoine et devait recevoir 120 000 euros de la Mission Patrimoine.