Origine et histoire des anciennes Glacières
Les anciennes glacières de Strasbourg, installées sur les canaux de l’Ill dans le quartier emblématique de la Petite France, furent initialement construites au 1er quart du XIXe siècle, avec des extensions majeures à la fin de ce même siècle et au début du XXe. Le site, exploitant la force hydraulique de l’Ill, abritait autrefois des moulins médiévaux (attestés dès le XIIe siècle), avant d’être transformé en 1897 en une usine de froid artificiel par la société Quiri (devenue Axima Réfrigération). Ces installations produisaient des pains de glace pour l’industrie agroalimentaire strasbourgeoise, en utilisant des compresseurs et turbines actionnés par l’énergie hydraulique, une technologie pionnière à l’époque.
L’usine cessa définitivement sa production le 31 mai 1990, après près d’un siècle d’activité. Dès 1991, une partie des bâtiments et des équipements techniques (turbines, compresseurs, alternateurs) fut inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, puis classée en 1993 pour leur valeur patrimoniale exceptionnelle. Ces machines, dont certaines datent de 1897, illustrent le passage des moulins traditionnels à l’ère industrielle. Le site fut reconverti en un hôtel cinq étoiles (Le Régent Petite France), intégrant un « petit musée technique » accessible aux clients, grâce à l’action conjointe d’associations locales (AMUSS, Amis du Vieux Strasbourg) et des autorités patrimoniales.
La conservation des glacières constitue un exemple rare de réhabilitation réussie d’un patrimoine industriel, alliant préservation technique et réutilisation économique. Les équipements classés incluent 3 turbines Francis (dont une de 1897), 4 compresseurs à SO2, et 2 alternateurs (1897 et 1925), témoins de l’ingénierie frigorifique du XIXe siècle. Bien que l’accès au public soit aujourd’hui limité aux clients de l’hôtel ou lors des Journées du Patrimoine, le site reste un symbole de la mémoire industrielle alsacienne, où force hydraulique traditionnelle et innovation technique se sont croisées.
L’histoire du site reflète aussi les enjeux de la muséification du patrimoine industriel. Comme souligné par Marc Laenen lors des Entretiens du Patrimoine, le choix entre conservation in situ et transfert en musée pose des défis éthiques et pratiques. Ici, la solution hybride — intégration dans un hôtel avec préservation partielle — a permis de sauver un ensemble technique unique, tout en l’adaptant à une nouvelle fonction. Les anciennes glacières rappellent ainsi l’importance des moulins strasbourgeois, actifs depuis le Moyen Âge, et leur transformation au fil des révolutions industrielles.
Enfin, le projet a bénéficié d’un engagement associatif de longue date : depuis les années 1970, des groupes comme l’Association des Anciennes Glacières de Strasbourg ont milité pour la sauvegarde du site, aboutissant à sa protection en 1991-1993. Leur action a permis de documenter et préserver un pan méconnu du patrimoine alsacien, où se mêlent histoire hydraulique, innovation technologique et mémoire ouvrière (jusqu’à 74 salariés entre 1925 et 1945).