Frise chronologique
1712
Construction de l’hôtel Thibert des Martrais
Construction de l’hôtel Thibert des Martrais
1712 (≈ 1712)
Bâti par Robert de Cotte pour Charles Icard.
1718
Acquisition par Thibert des Martrais
Acquisition par Thibert des Martrais
1718 (≈ 1718)
Racheté par l’avocat Jacques-Ennemond Thibert.
1757
Vente à Jacques Paulze
Vente à Jacques Paulze
1757 (≈ 1757)
Fermier général et beau-père de Lavoisier.
1794
Exécutions sous la Terreur
Exécutions sous la Terreur
1794 (≈ 1794)
Guillotinés : Paulze et Claire-Madeleine de Lambertye.
1842
Création de l’hôtel du Rhin
Création de l’hôtel du Rhin
1842 (≈ 1842)
Réunion des nos 4 et 6 par Prudhomme.
1848
Séjour de Napoléon III
Séjour de Napoléon III
1848 (≈ 1848)
Après son élection présidentielle.
1933
Classement monuments historiques
Classement monuments historiques
1933 (≈ 1933)
Façades et toitures protégées.
1962–2008
Résidence d’Henri Salvador
Résidence d’Henri Salvador
1962–2008 (≈ 1985)
Dernier étage du no 6.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Les façades et toitures sur la place : classement par arrêté du 3 avril 1933
Personnages clés
| Robert de Cotte - Architecte |
Conçoit l’hôtel en 1712. |
| Jacques-Ennemond Thibert des Martrais - Avocat et propriétaire |
Acquiert l’hôtel en 1718. |
| Jacques Paulze - Fermier général |
Propriétaire de 1757 à 1793. |
| Antoine Lavoisier - Chimiste |
Gendre de Paulze, lié à l’hôtel. |
| Napoléon III - Président puis empereur |
Réside en 1848 à l’hôtel du Rhin. |
| Henri Salvador - Chanteur |
Habite l’hôtel de 1962 à 2008. |
Origine et histoire
Les anciens hôtels Marquet de Bourgade, Heuzé de Vologer et Thibert des Martrais forment un ensemble architectural situé place Vendôme, dans le 1er arrondissement de Paris. L’hôtel Thibert des Martrais (ou hôtel Paulze), construit en 1712 par l’architecte Robert de Cotte pour Charles Icard, incarne le faste des résidences aristocratiques du début du XVIIIe siècle. Mitoyen de l’hôtel Heuzé de Vologer (no 4) et de l’hôtel Delpech de Chaumot (no 8), il illustre l’urbanisme prestigieux de la place Vendôme, conçue sous Louis XIV pour abriter l’élite financière et politique du royaume.
L’hôtel Thibert des Martrais change plusieurs fois de propriétaires au XVIIIe siècle. Acquis en 1718 par l’avocat Jacques-Ennemond Thibert des Martrais, il passe en 1757 à Jacques Paulze, fermier général et beau-père d’Antoine Lavoisier. Sous la Révolution, Jacques Paulze et Claire-Madeleine de Lambertye, épouse du propriétaire du no 4, sont guillotinés en 1794 pour haute trahison. Les deux hôtels sont ensuite réunis en 1842 sous le nom d’hôtel du Rhin, un établissement hôtelier qui accueille en 1848 le futur Napoléon III après son élection présidentielle.
Au XXe siècle, l’hôtel du Rhin est vendu en 1922 à André Millon, propriétaire de plusieurs palaces parisiens, avant d’être séparé en 1934 après la liquidation du groupe Millon. Le no 6 redevient un immeuble de rapport, abritant des résidents célèbres comme le chanteur Henri Salvador (1962–2008), qui y vit jusqu’à sa mort. Aujourd’hui, l’hôtel est une copropriété privée : il accueille la boutique et le musée de la maison Breguet, ainsi que l’Appartement Christian Dior au premier étage. Classé aux monuments historiques en 1933 pour ses façades et toitures, il témoigne de l’évolution sociale et architecturale de la place Vendôme.
L’hôtel Heuzé de Vologer (no 4), moins documenté dans les sources, est indissociable de l’histoire du no 6. Acquis par Nicolas Geoffroy de Villemain via le mariage avec Claire-Madeleine de Lambertye, il est réunifié avec le no 6 sous la propriété de Jacques-Liévin Van Caneghem (1798–1842), puis transformé en hôtel meublé. Leur destin commun reflète les bouleversements politiques et économiques de la France, de l’Ancien Régime à la modernité.
La place Vendôme, conçue comme un symbole de pouvoir royal, devient sous la Révolution un lieu de spoliations et de transformations. Les hôtels particuliers, initialement réservés à l’aristocratie et à la haute bourgeoisie, s’adaptent aux nouveaux usages (hôtellerie, copropriétés) tout en conservant leur prestige. Leur protection au titre des monuments historiques en 1933 souligne leur valeur patrimoniale, entre mémoire des Lumières et adaptation aux besoins contemporains.