Origine et histoire de l'Anderitum Cité antique
Anderitum, fondée sous Auguste vers 15 av. J.-C., fut la capitale administrative et politique de la civitas des Gabales, un peuple gaulois mentionné par Jules César comme client des Arvernes. Son implantation visait à affaiblir l’influence arverne en créant un pôle rival. La ville, organisée selon un plan orthogonal, atteignit son apogée au IIe siècle avec des monuments publics (forum, thermes, théâtre-amphithéâtre) et une population estimée à plusieurs milliers d’habitants. Son déclin s’amorça dès la fin du IIe siècle, marqué par des incendies et une réduction progressive de son emprise urbaine.
La cité était un carrefour routier stratégique, située sur la voie reliant Lyon à Rodez et à la Méditerranée. Son site, dans une vallée encadrée de collines, fut aménagé avec des « quais » en granite pour canaliser le ruisseau du Triboulin, sujet aux crues. Les fouilles, initiées au XIXe siècle après la découverte d’une borne milliaire en 1828, ont révélé un centre monumental inscrit aux Monuments Historiques en 1954 et 1991. Les vestiges incluent des domus, des thermes, et un réseau viaire partiellement restauré.
Anderitum perdit son statut de capitale au profit de Mende vers 530-540, lorsque cette dernière devint siège épiscopal. La ville antique fut progressivement abandonnée, ses matériaux réutilisés comme carrières, et son emplacement recouvert par la végétation. Les recherches archéologiques modernes, combinant fouilles et technologies immersives (réalité virtuelle), ont permis de restituer partiellement son organisation. Le musée de Javols et des aménagements paysagers valorisent aujourd’hui ce site exceptionnel, témoin de la romanisation en moyenne montagne.
L’artisanat local, centré sur la métallurgie du cuivre, le travail du bois et la production de céramiques, reflétait une économie tournée vers les besoins immédiats. Les importations de céramiques (notamment de La Graufesenque) et de marbres exotiques (Égypte, Grèce, Italie) attestent de son intégration aux réseaux commerciaux romains. Les cultes domestiques, illustrés par des figurines de Vénus ou de déesses mères, coexistaient avec des pratiques religieuses gauloises, comme en témoigne la statue de Sylvain-Sucellus, dieu protecteur des artisans.
Le déclin d’Anderitum s’explique par une combinaison de facteurs : transfert politique vers Mende, absence de fortifications au Bas-Empire, et peut-être des changements climatiques défavorables. Contrairement à d’autres capitales éphémères, elle ne fut jamais ceinte de remparts, signe d’un déclin précoce et irréversible. Les nécropoles, situées en périphérie, révèlent une évolution des pratiques funéraires, passant de l’incinération (Haut-Empire) à l’inhumation (Bas-Empire et Haut Moyen Âge).