Origine et histoire de l'Appartement du docteur Gagnon
L’appartement du docteur Gagnon, aussi appelé maison Stendhal, est un ensemble immobilier des XVIe et XVIIIe siècles situé au 20 Grande Rue à Grenoble. Composé de deux maisons bourgeoises contiguës, il appartenait au grand-père maternel de Stendhal, le docteur Henri Gagnon (1728–1813), qui y élevait l’écrivain après la mort de sa mère en 1790. Ce lieu, où Stendhal vécut de 1790 à 1796, devint un « laboratoire d’observation » de la bonne société grenobloise, inspirant son œuvre future. L’appartement, témoin de la Journée des Tuiles (7 juin 1788), fut vendu en 1830 après la mort de Romain Gagnon, fils du docteur.
L’ensemble fut acquis par la ville de Grenoble en 1962 et transformé en musée en 1978, avant d’être intégré au Musée Stendhal en 2007. Ce dernier regroupe trois sites : l’appartement Gagnon, la maison natale de Stendhal (14 rue Jean-Jacques-Rousseau) et la collection Stendhal de la Bibliothèque municipale, riche de 40 000 manuscrits. L’appartement, inscrit aux monuments historiques en 2000 et labellisé Maisons des Illustres en 2011, restaure les volumes originels tout en y ajoutant des éléments contemporains pour évoquer l’époque de Stendhal.
L’appartement se compose d’un salon à l’italienne (pièce de réception ornée de lustres et de meubles Hache), d’un cabinet d’histoire naturelle (avec minéraux, oiseaux et un crocodile naturalisé), d’un cabinet de travail (bibliothèque et buste de Voltaire) et d’une chambre d’hôte dédiée à Romain Gagnon, oncle libertin de Stendhal. La terrasse, aménagée sur un rempart romain du IIIe siècle, servait d’observatoire astronomique au docteur Gagnon, qui y initiait son petit-fils aux étoiles.
Le musée propose des expositions temporaires, comme Stendhal, un républicain rouge et noir (2015), et des bornes multimédias pour consulter les manuscrits numérisés. Les architectes Cédric Avenier et Pierre-Antoine Rappa ont repensé les espaces en 2012, mêlant restauration historique et scénographie moderne. L’appartement illustre ainsi à la fois l’intimité familiale de Stendhal et le rayonnement intellectuel de Grenoble au XVIIIe siècle.
La collection Stendhal de la bibliothèque, initiée en 1861 par un don de la veuve de Louis Crozet (ami de l’écrivain), compte 10 000 ouvrages et 700 pièces muséales (peintures, bustes, lithographies). L’appartement natal, rénové en 2002, accueille des événements littéraires et des ateliers pédagogiques. Ces trois lieux sont reliés par un itinéraire littéraire dans le centre historique, retraçant les pas de l’écrivain.