Origine et histoire
L'aqueduc romain de Saintes, en Charente‑Maritime, a alimenté Mediolanum Santorum (Saintes) en eau potable du Ier au IVe siècle, desservant notamment les thermes de Saint‑Vivien (rive droite, aujourd'hui disparus), ceux de Saint‑Saloine (rive gauche) et des fontaines publiques. Il a été construit par les Romains sous la dynastie des Julio‑Claudiens, aux alentours de l'an 20. Une seconde phase, liée à l'expansion de la ville et à l'augmentation de sa population, daterait de la fin du Ier siècle ou du début du IIe siècle. Une troisième tranche a été mise au jour récemment mais n'est pas encore datée. L'utilisation des aqueducs a cessé au cours du IVe siècle et une grande partie de la maçonnerie a été réemployée pour d'autres constructions. Il subsiste toutefois des parties souterraines accessibles, deux piles du pont‑canal et les bases de quelques autres piles ; en dehors des galeries l'eau circule aujourd'hui à l'air libre sur une grande partie du trajet. Les canalisations présentent des sections en U évasé ou simplement carrées, parfois en V à fond arrondi, formes qui facilitent l'écoulement malgré la faible pente et quel que soit le débit. Une tranche de canalisation est exposée au musée archéologique de Saintes. En moyenne les canalisations ont une profondeur de 60 cm, une largeur de 30 cm au fond et de 40 cm en haut, tandis que la hauteur et la largeur des galeries varient fortement selon les sites et les époques, certaines dépassant 2 m et d'autres mesurant moins d'un mètre. Le second aqueduc offre un diamètre utile supérieur et un débit plus important, en lien avec l'apport de deux nouvelles sources. L'ouvrage alterne tunnels, rigoles et ponts selon la morphologie du terrain ; l'eau circule par gravité le long d'une pente régulière et très faible, comprise entre 0,08 et 0,1 %. L'axe général est orienté nord‑est/sud‑ouest ; l'aqueduc longe la N150 et la croise au nord de l'agglomération actuelle. Les constructeurs ont raccordé le nouvel aqueduc à l'ancien uniquement pour les franchissements afin d'éviter de reconstruire des ponts, et ont surélevé les fonds car la seconde conduite se trouvait légèrement plus haut. Les traces des aqueducs sont perdues entre la N141 (voie d'Agrippa) et la rive droite de la Charente, et le système de remontée par siphons vers les thermes de Saint‑Saloine n'a pas été mis au jour, même si des canalisations de la rive gauche atteignent la Butte de l'Hôpital. Les estimations de débit réalisées par M. Bailhache en 1979 donnent, lors de la mise en service, 3 000 m3 par jour pour la Font Morillon, 10 850 m3 pour la Grand Font, 8 525 m3 pour le Moulin et 19 375 m3 au point de jonction des canaux du Douhet et de Foncouverte. Selon les mêmes observations, des dépôts calcaires et alluvionnaires ont irrégulièrement réduit les sections des canalisations, ralentissant la circulation de l'eau jusqu'à la moitié à la fin de l'exploitation. Les trois sources principales sont la Font Morillon à Fontcouverte, la Grand Font du Douhet et la source du Moulin à Vénérand ; toutes les trois sont encore actives. La Font Morillon, source originelle située à Fontcouverte, alimente une salle à coupole taillée dans la roche puis une canalisation ; son nom a donné celui de la commune, « fontaine couverte », et un lavoir a été construit à proximité ; en 2013 la salle éboulée a été mise au jour et fait l'objet de déblais dont l'accès est réglementé. La Grand Font, la plus septentrionale, jaillit en deux points et possède un canal parallèle à celui de la Font Morillon ; son cours a été dérivé au Moyen Âge pour alimenter un château, et il se jette ensuite dans un lavoir avant de poursuivre en ruisseau partiellement non canalisé ; cette source était exploitée dès la protohistoire dans une faille naturelle agrandie par les Romains. La source du Moulin, à mi‑distance des deux autres, ne dessert plus l'aqueduc mais a été détournée pour entraîner la roue du moulin aujourd'hui disparue ; un lavoir se trouve entre la source et le moulin. La source de la Roche, aujourd'hui sèche en été, n'alimentait pas l'aqueduc et lui est nettement postérieure ; son double lavoir et son aménagement datent de 1872. Le tracé en phases se déploie ainsi : depuis Fontcouverte le premier aqueduc traversait successivement plusieurs lieux‑dits jusqu'à Saintes où il franchissait la voie romaine vers Aulnay et la voie vers Cognac, puis il a été remplacé lors de la mise en service du second. Le deuxième aqueduc partait du Douhet, traversait le château et divers lieux‑dits avant de rejoindre Font Morillon pour doubler le premier, tandis que le tronçon de Vénérand reliait le Moulin au Vallon de la Tonne et longeait le premier aqueduc entre chez Gautreau et Puy Gibaud. Des tunnels ont été creusés dans la roche et protégés par des linteaux de pierre, des tronçons à ciel ouvert en dalots ont été maçonnés mais dépourvus de couvertures en moellons, et plusieurs ouvrages en élévation franchissaient ravins et vallons. D'après le plan établi par Triou, ces ouvrages en élévation comprenaient un mur‑pont à la Grimauderie, un pont‑canal de 160 m de long et 20 m de haut au Vallon des Arcs, et un autre pont long d'environ 400 m entre les Arcs et la Grille à Hautmont ; certaines piles sont encore visibles au sud‑ouest du bourg de Fontcouverte. Le musée archéologique de Saintes conserve un tronçon de canalisation parmi d'autres découvertes, et de nombreux chercheurs ont étudié les aqueducs depuis le début du XVIIIe siècle, notamment C. Masse, F. Bourignon, L.-Ch. Gaurier et Abel Triou, auteur du tracé complet. Les fouilles ont été relancées en 2003 par Bernard Bourgueil avec des bénévoles et, lors de prospections à Foncouverte, Jean‑Louis Hillairet a mis au jour un troisième aqueduc au‑dessus du premier ainsi que de nombreux puits comblés. Depuis 2012 un comité de pilotage associant les communes concernées, des organismes locaux et régionaux, la société d'archéologie et d'histoire et les services de la conservation et de la DRAC œuvre à la réhabilitation, à la sécurisation et à l'ouverture au public du site. De nombreux vestiges et points d'intérêt sont repérés le long du parcours, notamment les sites et lavoirs de Font‑Morillon, du Roc, du Ruisseau et du Moulin, ainsi que des galeries, puits de service et vestiges de carrière.