Origine et histoire de l'Aqueduc de Fontenay
L’aqueduc de Fontenay, aussi appelé aqueduc du Cher, fut édifié sous le Haut-Empire romain, probablement au Ier siècle, pour alimenter Caesarodunum (actuelle Tours) en eau potable. Son tracé, long d’environ 25 km, reliait les sources des Grandes Fontaines près de Bléré à la vallée du Cher, en suivant la rive gauche du fleuve. L’ouvrage, majoritairement souterrain, intégrait des ponts-aqueducs pour franchir les vallons, comme celui du vallon de Chandon à Athée-sur-Cher, où subsistent trois piles en blocage. Son débit estimé (2 300 à 5 400 m3/jour) suggérait une destination urbaine, bien que son parcours final vers Tours reste non identifié en raison de l’urbanisation moderne.
La construction mobilisa des matériaux locaux (pierre calcaire, mortier de chaux, silex) et des techniques romaines classiques : un canal voûté de 0,50 m de large, posé sur un radier en mortier, et recouvert d’une voûte en pierre. Les ouvrages d’art, comme le pont de 60 m du vallon de Chandon, utilisaient un appareil régulier (opus vittatum) renforcé ultérieurement par des contreforts et des voûtes surbaissées (IIe–IIIe siècles). L’entretien régulier, attesté par l’absence de concrétions sur les parois nettoyées, visait à limiter les dépôts calcaires et les infiltrations boueuses, bien que ces dernières aient pu altérer la qualité de l’eau.
L’aqueduc captait les eaux de plusieurs sources, dont celle des Grandes Fontaines à Bléré, toujours exploitée aujourd’hui pour son débit abondant et sa qualité minéralogique. D’autres apports provenaient de la Fontaine-Saint-Martin et de ruisseaux comme la Gitonnière (Azay-sur-Cher). Malgré des réfections attestées (mortier de tuileau, briques), son abandon reste indaté : les dernières campagnes d’entretien, interrompues brutalement, suggèrent une cessation d’usage avant le Haut Moyen Âge. Au XIe siècle, ses maçonneries furent réemployées pour construire l’église de Larçay, preuve de son démantèlement précoce.
Les vestiges visibles au XXIe siècle se limitent à des anomalies de relief, des tronçons de voûte (comme au camping de Véretz ou dans le parc du château du Coteau à Azay-sur-Cher), et des piles de ponts-aqueducs. La traversée du Cher, cruciale pour atteindre Tours, reste hypothétique : un siphon sous-fluvial ou un pont monumental sont évoqués, mais aucun vestige n’a été découvert. Les fouilles des années 1960–2000 (notamment par Cyril Driard) ont confirmé son tracé jusqu’à Saint-Avertin, sans pouvoir trancher sur sa destination finale.
Les premières mentions de l’aqueduc remontent au XIXe siècle, avec les travaux de Jean-Louis Chalmel (1828) et Louis Boilleau (1847), qui en décrivirent les vestiges sans consensus sur sa destination. Au XXe siècle, Camille Liot (1963–1964) et Cyril Driard (2004) affinèrent les connaissances grâce à des relevés topographiques et des analyses archéologiques. Malgré ces études, l’absence de traces dans Tours même et la destruction partielle des vestiges (éboulements, urbanisation) entretiennent le mystère sur son achèvement. Classé Monument Historique en 1966, le tronçon protégé d’Athée-sur-Cher illustre l’ingénierie romaine en Touraine.