Origine et histoire
L’aqueduc de Gorze à Metz, édifié vers le début du IIe siècle, était un ouvrage romain essentiel pour alimenter Divodurum (Metz), capitale des Médiomatriques. Avec 22 km de tracé, il reliait la source des Bouillons (près de Gorze, à 208 m d’altitude) à la ville (184 m), combinant 12,7 km de conduite souterraine, un pont-aqueduc de 1,125 km franchissant la Moselle, et 8 km supplémentaires en souterrain. Son débit approvisionnait fontaines, thermes (dont ceux du Carmel), latrines publiques et artisans, pour une population estimée à 20 000 habitants.
La construction mobilisa des techniques romaines avancées : radier sur pieux de chêne pour les fondations, piles en pierre de taille remplies de béton romain (mélange de mortier de chaux, briques concassées et gravats), et canalisation double (0,85 m de large) pour garantir un approvisionnement continu même pendant les maintenances. Les matériaux — pierres locales, briques moulées sur place, chaux produite in situ — étaient transportés via des échafaudages en bois. Les outils incluaient le chorobate (nivellement), la groma (alignements) et des engins de levage comme la chèvre.
Le tracé souterrain de Gorze à Ars-sur-Moselle (12,7 km) suivait le val de Gorze, traversait des villages comme Novéant, et intégrait les eaux du mont Saint-Belin. La conduite, large de 1,20 m et haute de 1,80 m, était voûtée en plein cintre et dallée, avec des regards d’entretien réguliers. À Ars-sur-Moselle, un bassin de décantation rectangulaire (4,4 m × 3,2 m) filtrait les impuretés avant que l’eau ne rejoigne, via une chute et un virage à 90°, les deux conduits du pont-aqueduc. Ce bassin, dédié aux divinités de l’eau, recevait aussi les eaux d’un ruisseau local et régulait le débit via des vannes guillotines.
Le pont-aqueduc, long de 1,1 km (dont 630 m au-dessus de la Moselle), comptait initialement 110 à 120 arches de 12 m de portée, hautes de 30 m pour les plus élevées. Les piles carrées, fondées sur un radier, supportaient des impostes et des arches construites à l’aide de cintres en bois. La double canalisation, en pente forte (4 m sur 1,1 km), évitait le gel hivernal et limitait les dépôts de sable, bien qu’elle accélérât l’usure des parois. À Jouy-aux-Arches, un bassin circulaire de réception (6 m de diamètre extérieur) brisait le courant avant distribution vers Metz, via une conduite souterraine suivant partiellement l’ancienne voie romaine.
Classé monument historique dès 1840 (première liste française), l’aqueduc fit l’objet de restaurations au XIXe siècle. Aujourd’hui, il subsiste deux bassins et une vingtaine d’arches : à Ars-sur-Moselle, un bassin et sept arches (dont cinq contiguës) ; à Jouy-aux-Arches, seize arches et un bassin collecteur. Les vestiges, propriété de l’État depuis 2006 pour certaines parcelles, témoignent de l’ingénierie romaine et de l’importance stratégique de Metz, carrefour entre Lyon-Trèves et Reims-Strasbourg.
Les sources archéologiques et historiques (Tabouillot, 1761 ; Lalance, 1923 ; Grenier, 1960) soulignent son rôle dans l’urbanisme antique. Divodurum, dotée de trois thermes et d’un amphithéâtre, dépendait de plusieurs aqueducs, mais celui de Gorze reste le mieux documenté. Les fouilles ont révélé des sculptures et peintures dédiées aux divinités aquatiques, confirmant la dimension sacrée de l’eau dans la culture gallo-romaine.
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