Frise chronologique
1684
Études préliminaires
Études préliminaires
1684 (≈ 1684)
La Hire et Louvois valident le projet.
1686
Début des travaux
Début des travaux
1686 (≈ 1686)
Construction de l’aqueduc lancée.
1688
Abandon du chantier
Abandon du chantier
1688 (≈ 1688)
Guerre contre la Ligue d’Augsbourg.
1875
Classement monument historique
Classement monument historique
1875 (≈ 1875)
Protection de l’ouvrage inachevé.
1934
Inscription des entonnoirs
Inscription des entonnoirs
1934 (≈ 1934)
Protection complémentaire des éléments.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Personnages clés
| Louis XIV - Roi de France |
Commanditaire du projet hydraulique. |
| François-Michel le Tellier de Louvois - Surintendant des Bâtiments |
Dirige le chantier après Colbert. |
| Sébastien Le Prestre de Vauban - Ingénieur militaire |
Propose un aqueduc rampant rejeté. |
| La Hire - Scientifique et ingénieur |
Réalise les études topographiques initiales. |
Origine et histoire
L’aqueduc de Maintenon est un projet hydraulique ambitieux lancé sous Louis XIV pour alimenter le château de Versailles en eau. Initié en 1684, il s’inscrit dans le cadre du canal de l’Eure (ou canal Louis XIV), conçu pour capter les eaux de l’Eure à Pontgouin et les acheminer sur 80 km. Les travaux, dirigés par Louvois après la mort de Colbert, débutent en 1686, mais le franchissement de la vallée de l’Eure — via un aqueduc monumental de 70 mètres de haut — pose un défi technique et financier. Vauban, initialement sollicité, propose un aqueduc rampant (siphon métallique) moins coûteux, mais Louvois et le Roi imposent une structure en pierre, jugée plus prestigieuse.
Le chantier est marqué par des tensions entre Vauban et Louvois, le premier critiquant le gigantisme du projet et ses arcades irrégulières, tandis que le second défend une approche monumentale. Les travaux sont abandonnés en 1688, en raison de la guerre contre la Ligue d’Augsbourg, laissant l’aqueduc inachevé — seule la première rangée d’arcades est construite. Classé monument historique dès 1875, il témoigne des défis techniques et politiques de l’approvisionnement en eau à Versailles, où les besoins (jusqu’à 100 000 m3/jour) dépassaient les solutions existantes, comme la machine de Marly ou le détournement de la Bièvre.
L’aqueduc s’inscrit dans une série de projets avortés pour résoudre la pénurie d’eau à Versailles. Dès 1662, la transformation du château et l’afflux de la cour multiplient par dix la population locale, épuisant les ressources hydriques. Les projets antérieurs — détourner la Loire (1674) ou l’Essonne (1678) — échouent car ces cours d’eau sont situés sous le niveau de Versailles. L’Eure, en revanche, offre un dénivelé favorable (80 pieds au-dessus du château), mais sa capture nécessite un ouvrage pharaonique, combinant canaux souterrains et aqueducs aériens. Le site de Maintenon, proche du château éponyme, est choisi pour franchir la vallée, symbolisant l’audace et les limites de l’ingénierie royale.
Vauban, malgré ses réticences, participe aux relevés et propose des optimisations pour réduire les coûts et améliorer l’écoulement. Ses plans, rejetés par Louvois, illustrent les conflits entre pragmatisme technique et volonté de gloire. Le roi tranche en faveur d’un aqueduc spectaculaire, reflétant son ambition de maîtriser la nature. L’abandon du projet en 1689, après seulement trois ans de travaux, marque un tournant : la priorité passe des grands chantiers civils à l’effort de guerre, laissant l’aqueduc comme vestige d’un rêve inachevé.
Aujourd’hui, l’ouvrage classé — avec ses entonnoirs inscrits en 1934 — attire pour son architecture et son histoire. Il rappelle les enjeux hydrauliques de Versailles, où les fontaines, symboles de pouvoir, consommaient jusqu’à 9 500 m3 d’eau en quelques heures. Le canal de l’Eure, bien que partiellement creusé, reste un témoignage des défis logistiques du Grand Siècle, où l’eau, ressource stratégique, façonnait les paysages et les rapports de force.