Origine et histoire de l'Aqueduc de Roquefavour
L’aqueduc de Roquefavour, construit entre 1841 et 1847 sous la direction de l’ingénieur Jean de Montricher, est un pont-aqueduc en pierre de 393 mètres de long et 82,65 mètres de haut. Situé sur la commune de Ventabren (Bouches-du-Rhône), il permet d’acheminer l’eau de la Durance vers Marseille via le canal de Marseille, franchissant la vallée de l’Arc, la route d’Aix-en-Provence à Berre et la voie ferrée. Inspiré du pont du Gard, il en est près de deux fois plus haut, devenant le plus haut aqueduc en pierre du monde.
Le projet naît après les sécheresses de 1833-1834 et une épidémie de choléra à Marseille, poussant le maire Maximin-Dominique Consolat à proposer un canal de 80 km. Montricher, malgré un coût élevé (3,8 millions de francs-or), impose son design en maçonnerie plutôt qu’un pont-siphon. Les travaux, débutés en 1841, mobilisent 5 000 ouvriers, dont 300 tailleurs de pierre, utilisant des blocs de 15 tonnes transportés par une voie ferrée temporaire de 9 km depuis Velaux. Les difficultés techniques et financières conduisent à une reprise en régie par l’État en 1842.
Inauguré en 1847, l’aqueduc est salué comme une « merveille du monde » par Lamartine et classé monument historique en 2005. Son architecture à trois étages (12, 15 et 53 arches) contraste avec le pont du Gard, avec des proportions critiquées pour leur déséquilibre. Toujours en service, il fournit 80 % de l’eau potable de Marseille (240 millions de m3/an en 2016). Des restaurations majeures (2020-2024, 16,8 M€) ont garanti sa pérennité, combinant financements publics et subventions pour monuments historiques.
L’ouvrage, lié au Palais Longchamp célébrant l’arrivée de l’eau à Marseille, est aussi un symbole culturel. Il apparaît dans des films (Quatre garçons pleins d’avenir) et séries (Draculi & Gandolfi), et son parement brut en pierre, laissé volontairement non poli pour des raisons économiques, crée des jeux d’ombre caractéristiques. Louis-Napoléon Bonaparte décorera Montricher de la Légion d’honneur en 1852 pour cette réalisation.
Les défis techniques inclurent la pose de conduites supplémentaires en 1971 (4,4 m3/s) et le remplacement de la cunette par un tuyau de 2,20 m en 1975. Malgré des critiques sur ses proportions (Bernard Marrey, 1990), l’aqueduc reste un chef-d’œuvre d’ingénierie du XIXe siècle, intégrant harmonieusement le paysage provençal avec la montagne Sainte-Victoire en toile de fond.