Origine et histoire de l'Aqueduc des Arcades du Pont-canal
L’aqueduc des Arcades, aussi nommé « Rec Comtal » ou « Las Canals », est un pont-aqueduc médiéval situé avenue d’Espagne à Perpignan (Pyrénées-Orientales). Commandé par les rois de Majorque entre le XIIe et le XIVe siècle, il reliait le canal d’Ille-sur-Têt à la ville pour répondre aux besoins croissants en eau, liés à l’expansion urbaine et aux activités artisanales. Mesurant 300 m de long, 4,60 m de large et 13 m de haut, il se compose de 21 arcades en cayrou (briques catalanes) et mortier de chaux, avec une dixième arche élargie pour franchir un ancien chemin, aujourd’hui remplacé par une voie ferrée.
À l’origine, un ouvrage en bois, mentionné dès 1338, fut remplacé entre 1368 et 1378 par une structure maçonnée en raison de réparations fréquentes. Ce remaniement coïncide avec le séjour des rois de Majorque au château de Perpignan, période durant laquelle la ville connut une croissance démographique et économique exigeant un approvisionnement hydraulique permanent. Les premières dérivations canalisées datent du XIIe siècle, mais c’est au XIVe que le système fut consolidé, intégrant fontaines, puits et aqueducs pour pallier l’insuffisance des sources et de la Têt.
L’aqueduc jouait un rôle clé dans la gestion des eaux : il surmontait une dépression naturelle entre les collines Sant-Joan et Vanquer, maintenait l’écoulement malgré les crues grâce à un déversoir amont, et permettait le passage des troupeaux. Symbole de l’ingénierie médiévale roussillonnaise, il illustre l’adaptation des infrastructures aux défis urbains, combinant utilité pratique (irrigation, prévention des inondations) et intégration dans le paysage, comme en témoigne son classement aux Monuments Historiques en 1984.
Au XIIIe siècle, l’expansion de Perpignan vers le sud — avec de nouveaux quartiers et une densification artisanale — accentua la demande en eau. Bien que les puits et la Têt restassent des ressources principales, leur insuffisance au XVe siècle souligna l’importance durable de l’aqueduc. Construit en sable, cayrou et chaux, il incarne aussi les échanges techniques entre la Catalogne et le Languedoc, via l’usage de matériaux locaux comme les briques pleines typiques de la région.
Aujourd’hui propriété de la commune, l’aqueduc des Arcades reste un vestige emblématique du patrimoine hydraulique médiéval, témoignant de la stratégie des rois de Majorque pour moderniser Perpignan. Son architecture, marquée par des niches traversantes dans les piliers et un arc surbaissé central, reflète à la fois une fonction utilitaire et une esthétique adaptée aux contraintes topographiques et sociales de l’époque.