Origine et histoire
L’aqueduc Médicis, aussi appelé aqueduc des eaux de Rungis, fut édifié au XVIIe siècle sur ordre de Marie de Médicis pour alimenter Paris en eau potable. Il capte les sources de Rungis (Val-de-Marne) et suit un tracé souterrain de 10 420 mètres, traversant Gentilly, Arcueil, Cachan et d’autres communes avant d’atteindre la capitale. Mis en service en 1623, il approvisionnait initialement le palais du Luxembourg et 14 fontaines publiques de la rive gauche, dont certaines subsistent encore aujourd’hui. Son unique pont-aqueduc, à Arcueil-Cachan, franchit la vallée de la Bièvre et est classé monument historique.
La construction débuta en 1613 sous la direction de Jean Coingt, puis fut reprise par son gendre Jean Gobelain après sa mort en 1614. Le jeune Louis XIII posa la première pierre du « regard Louis-XIII » à Rungis, marquant le départ de l’ouvrage. L’aqueduc fut achevé en 1623, mais l’irrigation complète des fontaines parisiennes ne fut effective qu’en 1628. Son tracé, partiellement inspiré de l’aqueduc gallo-romain de Lutèce, évite les propriétés privées grâce à des servitudes strictes (interdiction de fosses septiques ou dépôts toxiques à proximité).
Au XIXe siècle, la partie parisienne fut déclassée : les eaux, autrefois dirigées vers l’Observatoire, furent redirigées vers les réservoirs du Panthéon, puis vers le lac Montsouris après 1904. Aujourd’hui, l’aqueduc — toujours géré par Eau de Paris — n’est plus alimenté que par les sources de la plaine de Paray et des coteaux de la Bièvre, les captages originels de Rungis étant taris par l’urbanisation. La galerie souterraine, large d’1 mètre et haute de 1,75 mètre, conserve sa structure d’origine en pierre meulière, avec des regards (édicules d’accès) classés ou inscrits aux monuments historiques.
Parmi les éléments remarquables, le pont-aqueduc d’Arcueil-Cachan (379 m de long, 18,86 m de haut) domine la vallée de la Bièvre et surplombe le cimetière de Cachan. Conçu par Thomas Francine et Louis Métezeau, il reprend l’emplacement d’un pont gallo-romain. Les regards nos 1 (Rungis), 3 (Fresnes) et 13 (Arcueil) sont classés, tandis que d’autres, comme le no 27 (château d’eau de l’Observatoire), abritaient autrefois le logement du fontainier royal. Bien que l’eau ne soit plus potable, l’ouvrage témoigne de quatre siècles d’ingénierie hydraulique.
L’aqueduc Médicis s’inscrit dans une histoire plus large de gestion de l’eau à Paris, marquée par des défis récurrents d’approvisionnement. Sous Henri IV, la rive gauche, dépourvue de fontaines, bénéficia particulièrement du projet, porté ensuite par Marie de Médicis pour alimenter son palais du Luxembourg. Les sources, autrefois réputées pour leur limpidité, furent progressivement polluées par l’urbanisation au XXe siècle. Aujourd’hui, l’aqueduc — propriété de la Ville de Paris — est à la fois un vestige fonctionnel et un patrimoine protégé, étudié et mis en valeur par des associations comme Paris historique.