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Aqueduc dit du chemin de Narcel à Sainte-Foy-lès-Lyon dans le Rhône

Aqueduc dit du chemin de Narcel

    67 Rue Georges Clemenceau
    69110 Sainte-Foy-lès-Lyon
Propriété de la commune
Aqueduc dit du chemin de Narcel
Aqueduc dit du chemin de Narcel
Aqueduc dit du chemin de Narcel
Aqueduc dit du chemin de Narcel
Aqueduc dit du chemin de Narcel
Aqueduc dit du chemin de Narcel
Aqueduc dit du chemin de Narcel
Aqueduc dit du chemin de Narcel
Aqueduc dit du chemin de Narcel
Aqueduc dit du chemin de Narcel
Aqueduc dit du chemin de Narcel
Aqueduc dit du chemin de Narcel
Crédit photo : Otourly - Sous licence Creative Commons

Frise chronologique

Antiquité
Haut Moyen Âge
Moyen Âge central
Bas Moyen Âge
Renaissance
Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
100
200
1800
1900
2000
IIᵉ siècle (vers 110-138)
Construction de l’aqueduc
1887
Découverte de la Pierre de Chagnon
1908
Thèse de Germain de Montauzan
1875 à 1986
Classements Monuments Historiques
2009-2010
Restauration des arches de Chaponost
2018
Datation dendrochronologique
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Patrimoine classé

Les vestiges du pont-siphon de Bonnand : classement par liste de 1875 - Les cinq piles sises au lieu-dit Les Crètes (cad. AK 14) : classement par arrêté du 11 août 1986

Personnages clés

Trajan - Empereur romain (98-117) Règne durant le début des travaux.
Hadrien - Empereur romain (117-138) Auteur d’un édit de protection.
Germain de Montauzan - Archéologue (XXᵉ siècle) Auteur de la thèse de référence (1908).
Paul de Gasparin - Ingénieur (XIXᵉ siècle) Cartographie complète en 1834.
Didier Repellin - Architecte en chef des Monuments Historiques Dirigea les restaurations de 2009-2010.

Origine et histoire

L’aqueduc dit du chemin de Narcel, situé à Sainte-Foy-lès-Lyon (Rhône, Auvergne-Rhône-Alpes), est un vestige de l’imposant aqueduc du Gier, construit au IIe siècle sous l’Empire romain pour alimenter Lugdunum (Lyon). Long de 85 km, cet ouvrage – le plus long des quatre aqueducs lyonnais – puisait ses eaux dans la rivière Gier (affluent du Rhône) et combinait tranchées couvertes, tunnels, ponts-siphons et sections aériennes. Ses piles carrées, caractéristiques, mêlent un cœur en blocage et un parement de moellons réticulés interrompu par des assises de briques, technique rare en France hors d’Italie centrale.

La datation précise de l’aqueduc a fait débat : initialement attribuée à Claude (Ier siècle) via des tuyaux de plomb découverts à Fourvière, elle fut révisée après la trouvaille en 1887 de la Pierre de Chagnon, un édit d’Hadrien (IIe siècle) interdisant labours et plantations près de l’ouvrage pour le protéger. En 2018, des coffrages en bois datés par dendrochronologie de l’an 110 (règne de Trajan) dans les fondations du pont-siphon de Beaunant ont confirmé une construction débutée sous Trajan, peut-être achevée sous Hadrien. L’aqueduc, désaffecté bien plus tard, fut étudié dès le XVIe siècle par des érudits lyonnais comme Pierre Sala ou Guillaume du Choul.

Le tronçon de Sainte-Foy-lès-Lyon, classé Monument Historique (protections partielles dès 1875, 1912, 1930 et 1986), inclut le spectaculaire pont-siphon de Beaunant (siphon de l’Yzeron), un ouvrage de 270 m de long et 17 m de haut utilisant 12 tuyaux de plomb pour franchir une dépression de 140 m. Ce siphon, avec ses 13 bars de pression, témoigne d’un savoir-faire hydraulique exceptionnel. Les vestiges encore visibles (réservoirs, rampants, arches du Plat de l’Air à Chaponost) sont protégés, bien que certains tronçons, comme celui déplacé en 2006 à Chaponost pour éviter sa destruction, souffrent de l’érosion.

L’aqueduc du Gier, dont le tracé fut cartographié au XIXe siècle par Paul de Gasparin, utilise presque toutes les techniques romaines : 73 km de tranchées couvertes, 12 tunnels (dont un de 825 m près de Mornant), 40 ponts-canaux, et 4 siphons majeurs. Une particularité intrigue les archéologues : le contournement redondant de la vallée de la Durèze par une tranchée de 10 km supplémentaire, suggérant des dysfonctionnements du siphon originel. Les regards de visite, espacés en moyenne de 77 m (conforme aux préconisations de Vitruve), étaient au nombre d’un millier à l’origine.

La réglementation antique entourant l’aqueduc est connue via deux bornes gravées, la Pierre de Chagnon (1887) et la Pierre du Rieu (1996, Saint-Joseph), portant un édit impérial interdisant toute activité agricole à proximité pour préserver l’ouvrage. Ce texte reprend une loi augustéenne de 11-9 av. J.-C., confirmant l’importance stratégique de l’aqueduc. Des restaurations récentes, comme celles des arches de Chaponost en 2009-2010 (dirigées par Didier Repellin), ont permis de retrouver des techniques romaines originales, utilisant des mortiers étanches à base de tuileau (opus signinum).

Aujourd’hui, l’aqueduc du Gier bénéficie de multiples protections au titre des Monuments Historiques, avec des sections classées sur les communes de Sainte-Foy-lès-Lyon, Soucieu-en-Jarrest, Chaponost, Mornant, Brignais et Lyon. Son tracé, partiellement accessible aux randonneurs (sentier de l’aqueduc), reste un témoignage majeur du génie civil romain en Gaule, tout en posant encore des questions aux archéologues, comme l’exacte chronologie de sa construction ou les raisons de ses redondances techniques.

Liens externes