Origine et histoire
L'aqueduc du Gier alimentait la ville antique de Lugdunum et, avec environ 86 km de longueur, constitue le plus long et l'un des mieux conservés des aqueducs romains de Lyon ; il puise son eau dans le Gier, affluent du Rhône, et ses vestiges font l'objet de protections au titre des monuments historiques. La datation de sa construction a longtemps fait l'objet de débats : la découverte de tuyaux de plomb marqués CLAVD AVG a suggéré une attribution à l'époque claudienne ou augustéenne, l'inscription dite « pierre de Chagnon » a renforcé l'hypothèse d'une intervention sous Hadrien, et la découverte en 2018 de restes de coffrages en bois datés par dendrochronologie de l'an 110 a permis d'envisager une réalisation sous Trajan, sans exclure une finition sous Hadrien. Les antiquaires et érudits locaux évoquent l'ouvrage dès le XVIe siècle, et les recherches se sont intensifiées aux XVIIIe et XIXe siècles avec des travaux de Delorme, Gasparin et d'autres, tandis que la thèse de Germain de Montauzan en 1908 a posé les bases de l'étude moderne de l'aqueduc. Depuis les années 1970 des précisions nouvelles ont été apportées, en particulier sur le repérage des regards et des tunnels, et en 2001 moins d'une centaine de regards avaient été identifiés sur l'estimation d'un millier qui ponctuait l'ouvrage. Des opérations de restauration ont été menées, notamment à Chaponost en 2009-2010 sous l'égide des architectes en chef des Monuments historiques, et l'aqueduc a été retenu pour le loto du patrimoine en 2018. Contrairement aux autres aqueducs qui captent des sources, le Gier semble prendre l'eau directement dans la rivière, par un dispositif de prise d'eau ou barrage souvent localisé au niveau de Moulin-Combat, selon les descriptions anciennes. Le tracé suit les hauteurs du massif du Pilat depuis Saint-Chamond, parcourt le plateau et traverse le département du Rhône en passant notamment par Mornant, Orliénas, Chaponost et Sainte-Foy-lès-Lyon avant d'aboutir à Lyon ; la dénivellation totale est d'environ 105 mètres, soit une pente moyenne d'environ 1,1 mètre par kilomètre, et le débit a été estimé à 15 000 m3 par jour. L'aqueduc met en œuvre presque toutes les techniques romaines : longues tranchées couvertes, conduits enterrés de dimensions importantes, tunnels — dont un de 825 mètres près de Mornant — passages aériens en pont-canal et en murs et arches, ainsi que quatre siphons pour franchir les vallées. On y relève environ 73 km de tranchée couverte avec un conduit extérieur de près de 3 m de haut sur 1,5 m de large, une douzaine de tunnels, une trentaine de passages aériens et une dizaine de passages sur murs et arches ; en 2001 près de 90 regards avaient été repérés, espacés en moyenne de 77 mètres, et le nombre total de regards est estimé à près d'un millier. Le franchissement de la Durèze fait apparaître une originalité : il est assuré à la fois par un siphon et par un canal de contournement long d'environ 11,5 km, ce qui augmente la longueur totale de l'ouvrage d'une dizaine de kilomètres et témoigne peut‑être d'un fonctionnement défectueux du siphon initial. De nombreux vestiges sont visibles tout au long du parcours : ponts-aqueducs sur les vallées du Janon ou du Langonand, le réservoir de chasse et les piles du siphon de la Durèze à Genilac, le conduit surnommé la « Cave du Curé » à Chagnon, le tunnel de Fontanes et ses planches de coffrage à Saint‑Martin‑la‑Plaine, ainsi que des bornes de protection comme la « pierre du Rieu » découverte en 1996 à Saint‑Joseph dont une copie est exposée en mairie. D'autres points remarquables sont le pont-canal complet de Jurieux et le pont-canal des Granges à Saint‑Maurice‑sur‑Dargoire, le tunnel et le puits de regard à Mornant, le mur et les arches de Soucieu‑en‑Jarrest avec le réservoir amont du siphon du Garon classé, les restes du pont-siphon du Garon en rive à Brignais, et l'alignement des arches du Plat de l'Air à Chaponost, où subsistent 72 des 92 arches et où l'on observe des parements en opus reticulatum et un enduit intérieur en tuileau. Le franchissement remarquable de l'Yzeron se fait par le siphon du Plat de l'Air et le pont-siphon de Beaunant : la traversée, d'environ 2 600 mètres entre réservoirs, présente une flèche de 123 mètres, une partie basse portant un pont-canal de 270 mètres et 17 mètres de haut, et une conduite composée d'un faisceau de douze tuyaux de plomb de 27 cm de diamètre noyés dans le mortier pour résister à la pression. À son terme, après le franchissement du col de Trion par le siphon de même nom, l'aqueduc aboutissait à un réservoir terminal dans la zone de Fourvière et de la rue Roger‑Radisson à Lyon. Plusieurs sections de l'aqueduc sont protégées au titre des monuments historiques depuis le XIXe siècle, avec des classements et inscriptions couvrant différents éléments et sites du parcours.