Origine et histoire de l'Aqueduc du Gier
L’aqueduc du Gier, long de 85 km, est le plus imposant des quatre aqueducs romains desservant Lugdunum (Lyon antique). Alimenté par les sources du Gier, affluent du Rhône, il se distingue par son état de conservation remarquable et son tracé complexe, combinant tranchées, tunnels, ponts-siphons et arcs aériens. Sa construction, initialement attribuée à Claude ou Auguste, a été précisée en 2018 grâce à la dendrochronologie : les fondations du pont-siphon de Beaunant datent de 110 ap. J.-C., plaçant sa réalisation sous Trajan, avec une possible finalisation sous Hadrien. L’ouvrage témoigne d’une maîtrise technique exceptionnelle, avec une pente moyenne de 1,1 m/km et un débit estimé à 15 000 m3/jour.
La protection de l’aqueduc était réglementée par des bornes gravées, comme la Pierre de Chagnon (1887) et la Pierre du Rieu (1996), interdisant labour, semis ou plantations à proximité. Ces inscriptions, datées de l’époque hadrienne, reprennent une loi augustéenne de 11-9 av. J.-C. Le tracé, étudié dès le XVIe siècle par des érudits comme Pierre Sala ou Guillaume du Choul, a été cartographié précisément au XIXe siècle par Paul de Gasparin et Germain de Montauzan. Ce dernier, dans sa thèse de 1908, en a fourni la description la plus exhaustive, soulignant sa perfection technique et son extension sur 86 km, incluant 4 siphons majeurs et 73 km de tranchées couvertes.
Parmi les vestiges les plus spectaculaires figurent le pont-siphon de Beaunant (classé en 1875), franchissant l’Yzeron avec un dénivelé de 140 m, et les arches du Plat de l’Air à Chaponost, ornées d’un rare parement réticulé. Le réservoir de Soucieu (classé en 1930) et les piles des Crêtes (1986) complètent les sections protégées. Des restaurations récentes, comme celles des arches de Chaponost (2009-2010), ont permis de préserver ces structures en utilisant des techniques romaines. L’aqueduc, sélectionné pour le Loto du patrimoine en 2018, reste un symbole de l’ingénierie antique et un enjeu de conservation.
Son parcours, des hauteurs de Saint-Chamond (Loire) jusqu’à Fourvière, épouse le relief avec des solutions techniques variées : tunnels de 825 m (Mornant), ponts-canaux (Jurieux, Granges), et regards de visite espacés selon les préconisations de Vitruve. Une particularité intrigue les archéologues : le contournement redondant de la vallée de la Durèze par un siphon et une tranchée de 11,5 km, peut-être dû à des dysfonctionnements initiaux. Les matériaux, comme l’opus reticulatum ou l’opus signinum, révèlent une influence italienne rare en Gaule.
L’histoire de sa désaffectation et de sa redécouverte reflète l’évolution des savoirs. Dès le XVIe siècle, des antiquaires comme Symphorien Champier ou Claude de Bellièvre en mentionnent l’existence, mais c’est au XVIIIe siècle, face aux pénuries d’eau, que l’Académie de Lyon relance son étude. Les travaux de Delorme (1760) et Flachéron (1840) posent les bases des recherches modernes, tandis que les fouilles du XXIe siècle (2018 à Saint-Joseph) révèlent encore des sections enfouies. Aujourd’hui, moins de 100 regards sur les 1 000 estimés ont été localisés, laissant une part de mystère à ce monument emblématique.