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Aqueduc du Gier à Mornant dans le Rhône

Patrimoine classé
Patrimoine hydraulique
Aqueduc

Aqueduc du Gier à Mornant

    7-9 Route des Pins
    69440 Mornant
Propriété privée
Crédit photo : Jmh2o - Sous licence Creative Commons

Frise chronologique

Antiquité
Haut Moyen Âge
Moyen Âge central
Bas Moyen Âge
Renaissance
Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
100
200
1800
1900
2000
110 ap. J.-C.
Construction sous Trajan
117–138 ap. J.-C.
Règne d’Hadrien
1875
Premier classement MH
1908
Thèse de Montauzan
2018
Sélection Loto du Patrimoine
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Patrimoine classé

Le tronçon de l’aqueduc du Gier, situé sur la parcelle cadastrée section AN n°3 sise au lieu-dit Corsanat, soit le canal en totalité qu’il soit en sous-sol ou aérien, tout élément maçonné lui appartenant ainsi que la parcelle sur laquelle il se trouve : inscription par arrêté du 24 mai 2018.

Personnages clés

Trajan - Empereur romain (98–117 ap. J.-C.) Règne durant la construction (datation 110).
Hadrien - Empereur romain (117–138 ap. J.-C.) Auteur de l’édit de protection (pierres).
Germain de Montauzan - Archéologue (XXᵉ siècle) Auteur de la thèse de référence (1908).
Paul de Gasparin - Ingénieur (XIXᵉ siècle) Cartographie précise du tracé (1855).
Didier Repellin - Architecte en chef MH Restauration à Chaponost (2009–2010).

Origine et histoire

L’aqueduc du Gier, construit au IIe siècle sous les règnes de Trajan et Hadrien, est l’un des quatre aqueducs antiques alimentant Lugdunum (Lyon). Avec ses 85 km, c’est le plus long et le mieux conservé. Il puise ses eaux dans la rivière Gier (affluent du Rhône) et traverse le département du Rhône, passant par Mornant, Chaponost, et Sainte-Foy-lès-Lyon. Son tracé combine tunnels, ponts-siphons (comme celui de Beaunant, classé dès 1875), et sections aériennes en opus reticulatum, technique rare en France.

La datation de l’aqueduc a fait débat : initialement attribuée à Claude (Ier siècle) après la découverte de tuyaux en plomb à son nom, elle fut révisée grâce à la « pierre de Chagnon » (1887), une stèle d’Hadrien (117–138 ap. J.-C.) interdisant les cultures près de l’ouvrage pour le protéger. En 2018, des analyses dendrochronologiques sur des coffrages en bois du pont-siphon de Beaunant ont confirmé une construction vers 110 ap. J.-C., sous Trajan, avec une possible finalisation sous Hadrien. Ces découvertes ont clos un siècle de spéculations.

L’aqueduc utilise des techniques romaines variées : 73 km de tranchées couvertes, 12 tunnels (dont un de 825 m près de Mornant), 4 siphons pour franchir les vallées (Durèze, Garon, Yzeron), et 90 regards de visite espacés selon les préconisations de Vitruve. À Mornant, un tunnel de 825 m et un pont du Mornantet (vestiges d’arches) témoignent de son passage. Le siphon de l’Yzeron, avec ses 12 tuyaux de plomb sous 13 bars de pression, représente un exploit technique pour traverser une dépression de 3 km.

Protégé dès le XIXe siècle, l’aqueduc a bénéficié de restaurations récentes, comme à Chaponost (2009–2010), où des arches en opus reticulatum et des réservoirs ont été consolidés. En 2018, il fut sélectionné pour le Loto du Patrimoine. Deux bornes milliaires (pierres de Chagnon et du Rieu) rappellent les réglementations romaines de protection, reprises d’une loi d’Auguste (11–9 av. J.-C.).

Les études historiques ont évolué depuis les premiers relevés des antiquaires lyonnais (XVIe–XVIIIe siècles), comme Guillaume Marie Delorme (1760) ou Paul de Gasparin (1855), jusqu’à la thèse fondatrice de Germain de Montauzan (1908), qui cartographia précisément le tracé. Au XXIe siècle, les recherches se concentrent sur les regards manquants (moins de 100 identifiés sur un millier estimés) et les techniques de construction, comme l’usage de mortier étanche (opus signinum).

Aujourd’hui, l’aqueduc du Gier est un monument emblématique du patrimoine gallo-romain en Auvergne-Rhône-Alpes, symbole de l’héritage technique romain et de la gestion durable de l’eau. Ses vestiges, dispersés sur 18 communes, sont protégés au titre des Monuments Historiques depuis 1875 (pont-siphon de Beaunant) jusqu’en 1986 (piles des Crêtes).

Liens externes