Origine et histoire
L'aqueduc de l'Yzeron, parfois appelé aqueduc de Craponne, est l'un des quatre aqueducs antiques qui alimentaient Lugdunum ; il tient son nom du bassin hydrologique de la rivière Yzeron dont il capte l'eau et se distingue des autres par ses multiples branches de captation. Son existence et sa destination ont fait l'objet de longues controverses entre antiquaires et archéologues jusqu'au début du XXe siècle. Pierre Sala, vers 1520, identifiait déjà les tourillons de Craponne comme éléments d'un aqueduc alimentant la ville, tandis que Guillaume Marie Delorme ne les mentionnait pas dans son mémoire de 1760. En 1840, Alexandre Flachéron évoquait un aqueduc souterrain amenant les eaux de l'Yzeron et d'autres ruisseaux, qu'il supposait desservir un camp de légionnaires sur le plateau entre le pont d'Alaï et Craponne. En 1862, Jérôme Chipier reconnut un quatrième aqueduc distinct et expliqua la fonction des Tourillons comme support d'un réservoir intermédiaire. François Gabut, en 1880, qualifiait l'aqueduc d'imaginaire et estimait que les vestiges correspondaient à des tracés abandonnés ou à des canaux ruraux desservant des villas. En 1887, le baron Achille Raverat proposa un tracé depuis Saint-Bonnet-le-Froid comportant un double siphon, mais il attribua par erreur certains vestiges à l'ouvrage de la Brévenne ; ses travaux relancèrent le débat, repris ensuite par Gabut. La publication en 1895 d'une carte tirée des documents de Delorme montra que celui-ci avait bien identifié ce quatrième aqueduc, mais Gabut maintint son scepticisme jusqu'aux études de Camille Germain de Montauzan, publiées en 1908, qui mirent fin aux principales controverses. Selon Germain de Montauzan, l'aqueduc de l'Yzeron fut le second construit et daterait de l'époque augustéenne. Une étude publiée en 2023, fondée sur des datations par carbone 14, dendrochronologie et archéomagnétisme, confirme une construction autour du changement d'ère et fournit, par analyse bayésienne, une fourchette probable de construction comprise entre 21 av. J.-C. et 30 apr. J.-C. L'ouvrage, le deuxième construit et le deuxième plus court, se singularise par son caractère ramifié : sa source principale est à Yzeron, mais il reçoit aussi des apports de Pollionnay et de Vaugneray, les canalisations se rejoignant à Grézieu-la-Varenne et Craponne, d'où l'appellation « aqueduc de Craponne ». Il comportait un double siphon avec un réservoir intermédiaire dont les piles du lieu-dit du Tourillon à Craponne constituent les vestiges visibles. L'aqueduc prend sa source à une altitude élevée (environ 710 à 715 mètres pour la source principale, 600 mètres pour la branche de Vaugneray), ce qui nécessite des dispositifs destinés à réduire la vitesse de l'eau ; l'ouvrage a ainsi été le lieu d'expérimentations de chutes brise-pente. Sa longueur varie selon les branches de 26 à 40 kilomètres et il aboutissait à une altitude estimée à 268 mètres dans le secteur actuel du Point-du-Jour. Camille Germain de Montauzan évalua son débit entre 12 000 et 15 000 m3 par jour, estimation que les études récentes considèrent cependant moins assurée ; Jean Burdy ne propose pas de volume. Le tracé connu traverse aujourd'hui les communes d'Yzeron, Vaugneray, Pollionnay, Grézieu-la-Varenne, Craponne, Francheville, Tassin-la-Demi-Lune et le 5e arrondissement de Lyon. Une partie des ruines de l'aqueduc est protégée au titre des monuments historiques, notamment le pilier de Craponne inscrit en 1982.