Patrimoine classé
En totalité, les parties de l'aqueduc, ainsi que toutes ses installations hydrauliques et tous les vestiges archéologiques y afférents, visibles ou enfouis, telles que représentées par une teinte rose sur les plans annexés à l'arrêté, située sur ou sous le domaine public communal du Douhet, de Fontcouverte, de Saintes et de Vénérand et figurant au cadastre sur ou sous les parcelles : Le Douhet : AH 96, 97, 98 ; AO 240, 311 ; AP 131 à 315, 346, 347 ; Fontcouverte AB 22, 23, 189, 327 ; AH 170, 171, 270, 356 ; AI 30 ; AM 23, 27, 106, 286, 290 à 292, 299 ; AO 106, 255 ; AP 351 ; Saintes AK 11, 12, 13, 21, 210, 273, 275 ; CN 392, 552, 553, 577, 579 ; CO 861 ; Vénérand AB 205 ; AN 662 : classement par arrêté du 17 février 2014
Personnages clés
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| Abel Triou |
Archéologue ayant établi le tracé complet de l'aqueduc en 1968. |
| Bernard Bourgueil |
Responsable des recherches archéologiques depuis 2003. |
| Jean-Louis Hillairet |
Archéologue de l'Inrap Bordeaux ayant mis au jour un troisième aqueduc. |
Origine et histoire
L'aqueduc gallo-romain de Saintes est un ouvrage d'adduction d'eau qui alimentait Mediolanum Santorum (Saintes) en eau potable du Ier au IVe siècle. Il partait à l'origine de la Font Morillon à Fontcouverte et s'étire sur environ 11 km en direction nord-est / sud-ouest. Construit par les Romains sous la dynastie des Julio-Claudiens, il daterait d'environ l'an 20. L'ouvrage a connu au moins deux phases principales : un premier aqueduc primitif, rapidement doublé et rallongé à la fin du Ier siècle ou au début du IIe siècle, et une troisième tranche récemment mise au jour dont la datation reste à préciser. Pour augmenter le débit, l'alimentation est complétée par les sources du Douhet (Grand Font) et de Vénérand (le Moulin) ; ces trois sources sont encore actives aujourd'hui. Les aqueducs franchissaient les vallons au moyen de ponts maçonnés à arches plein cintre, mais la plus grande partie du trajet était constituée d'une canalisation maçonnée placée au ras du sol ou souterraine, creusée dans le rocher et munie d'évents et de puits de visite. L'ensemble alterne tunnels, rigoles et ponts selon la morphologie du terrain ; sept tunnels ont été identifiés sur le parcours. La conduite générale suit une pente très faible, inférieure à 1 mm par mètre (0,08 à 0,1 %), et l'écoulement se faisait par simple gravité. Les canalisations présentent une section en U évasé ou carrée, parfois en V à fond arrondi, et permettent une circulation régulière de l'eau malgré la faible dénivellation. En moyenne, ces canalisations ont 60 cm de profondeur, 30 cm de largeur au fond et 40 cm en haut, mais la hauteur et la largeur des galeries varient fortement selon les sites et les phases : certaines dépassent 2 m tandis que d'autres mesurent moins d'un mètre. La deuxième génération d'aqueducs offre un diamètre utile plus élevé, en rapport avec le débit accru des nouvelles sources. D'après les relevés, l'axe général de l'aqueduc est parallèle à la route N150 et il croise la N141 près de l'agglomération actuelle. Les constructeurs ont raccordé le nouvel aqueduc à l'ancien uniquement sur les franchissements pour éviter de reconstruire les ponts, en surélevant légèrement le fond du second aqueduc. Une partie importante de la maçonnerie a été réutilisée au fil du temps pour d'autres constructions ; il subsiste aujourd'hui quelques parties souterraines accessibles, deux piles du pont-canal et les bases de certaines autres piles, tandis que l'eau circule à l'air libre sur une grande partie du trajet hors galeries. Les estimations de débit réalisées par M. Bailhache en 1979 donnent pour la mise en service des débits journaliers d'environ 3 000 m3 pour la Font Morillon, 10 850 m3 pour la Grand Font et 8 525 m3 pour le Moulin, soit 19 375 m3 au point de jonction des canaux du Douhet et de Fontcouverte. Selon ces observations, les dépôts calcaires et alluvionnaires ont progressivement réduit les sections des canalisations et ralenti le débit jusqu'à en diminuer la vitesse de moitié à la fin de l'exploitation. La source originelle de Font Morillon se situe à Fontcouverte dans une salle à coupole taillée dans la roche et donne son nom à la localité ; un bassin de rétention et un lavoir ont été mis au jour, et la salle a fait l'objet de fouilles récentes avec accès réglementé. La Grand Font du Douhet, au nord, constitue une alimentation parallèle à Font Morillon et était exploitée dès la protohistoire avant d'être canalisée par les Romains ; son trajet médiéval a été détourné pour alimenter un château et se jette à la sortie du souterrain dans un lavoir. La troisième source, exploitée à Vénérand au lieu-dit le Moulin, alimentait l'aqueduc et a également servi à entraîner la roue d'un moulin et à alimenter un lavoir ; elle demeure active. Parmi les ouvrages aériens relevés par Abel Triou figurent un mur-pont de 10 m à la Grimauderie, un pont-canal long de 160 m et haut de 20 m au Vallon des Arcs, et un pont d'environ 400 m entre les Arcs et la Grille à Hautmont. Une jonction par siphon vers les thermes de Saint-Saloine n'a pas été mise au jour, mais des canalisations partant de la rive gauche atteignent la Butte de l'Hôpital. Un tronçon de canalisation est exposé au musée archéologique de Saintes, installé dans l'ancien abattoir, et de nombreux vestiges découverts dans la cité y sont conservés. Les aqueducs ont fait l'objet d'études depuis le début du XVIIIe siècle, conduites notamment par C. Masse, F. Bourignon, L.-Ch. Gaurier et Abel Triou, ce dernier ayant établi le tracé complet dès 1968. Les recherches ont repris en 2003 sous l'impulsion de Bernard Bourgueil et de bénévoles, et Jean-Louis Hillairet (Inrap Bordeaux) a mis au jour un troisième aqueduc au-dessus du premier ainsi que de nombreux puits comblés. Depuis 2012, un comité de pilotage regroupant les communes concernées, des associations et des instances patrimoniales et culturelles a engagé des actions pour sécuriser, rénover et rendre le site visitable.