Origine et histoire de l'Aqueduc gallo-romain
L'aqueduc gallo-romain de Vers, également appelé aqueduc de Divona, est un impressionnant ouvrage d'ingénierie romaine construit pour alimenter en eau la ville antique de Divona Cadurcorum, l'actuelle Cahors. Datant probablement du début du Ier siècle après J.-C., cet aqueduc s'étend sur 33 kilomètres avec une dénivellation de seulement 38 mètres, témoignant des compétences exceptionnelles des ingénieurs romains en matière de gestion de l'eau. Bien que son attribution à Polémius ait été contestée, des traces archéologiques et des analyses chimiques ont permis de dater sa construction entre -10 et 10 après J.-C., soit sous le règne d'Auguste ou Tibère. L'aqueduc captait l'eau près de l'oppidum de Murcens, sous l'actuelle fontaine de Polémie, avant de suivre la vallée du Vers jusqu'à Cahors, où il alimentait notamment les thermes romains, dont l'Arc de Diane est un vestige emblématique.
La construction de l'aqueduc s'inscrit dans un contexte de développement urbain accéléré de Divona, qui devient un important centre administratif et économique sous l'Empire romain. Les thermes, dont l'aqueduc était l'aboutissement, ont été utilisés jusqu'au IVe siècle, suggérant que l'ouvrage a fonctionné pendant près de quatre siècles. Les recherches de Didier Rigal ont révélé que l'aqueduc traversait 784 propriétés privées, ce qui illustre son importance stratégique pour la ville. La prise d'eau combinait plusieurs bassins et un barrage sur le Vers, démontrant une approche sophistiquée de la gestion des ressources hydrauliques.
Au fil des siècles, l'aqueduc a subi des dégradations, mais ses vestiges ont été partiellement préservés. Inscrit au titre des monuments historiques en 1953, il reste un témoignage majeur de l'ingénierie romaine en Gaule. Les fouilles archéologiques ont permis de mieux comprendre son fonctionnement, notamment grâce aux analyses des charbons de bois et des structures de captage. Aujourd'hui, l'aqueduc de Vers est un site archéologique majeur, étudié pour son importance historique et technique, et constitue un élément clé du patrimoine gallo-romain du Lot.
L'aqueduc a également joué un rôle dans la transition entre les populations locales et l'administration romaine. La proximité du captage avec l'oppidum de Murcens suggère que les habitants ont été déplacés vers Divona après la conquête, intégrant ainsi les infrastructures romaines. Les thermes, alimentés par l'aqueduc, étaient un symbole de la romanisation de la région, offrant des installations publiques comparables à celles des grandes villes de l'Empire. La longévité de l'ouvrage, jusqu'au Ve siècle, montre son adaptation aux besoins changeants de la ville, malgré les crises politiques et économiques de l'Antiquité tardive.