Frise chronologique
IIᵉ siècle (vers 110)
Construction sous Trajan/Hadrien
Construction sous Trajan/Hadrien
IIᵉ siècle (vers 110) (≈ 110)
Datation par dendrochronologie (pont-siphon de Beaunant).
1887
Découverte de la pierre de Chagnon
Découverte de la pierre de Chagnon
1887 (≈ 1887)
Stèle d’Hadrien interdisant cultures près de l’aqueduc.
1908
Thèse de Germain de Montauzan
Thèse de Germain de Montauzan
1908 (≈ 1908)
Étude exhaustive traçant l’aqueduc et ses techniques.
1930
Classement du réservoir de Soucieu
Classement du réservoir de Soucieu
1930 (≈ 1930)
Protection au titre des Monuments Historiques.
2009-2010
Restauration des arches de Chaponost
Restauration des arches de Chaponost
2009-2010 (≈ 2010)
Travaux utilisant des matériaux romains reconstitués.
2018
Sélection au Loto du Patrimoine
Sélection au Loto du Patrimoine
2018 (≈ 2018)
Financement pour la préservation des vestiges.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Les vestiges (réservoir de chasse du siphon de Soucieu) (cad. 38, 40 à 45p, 113, 122, 140, 141, 142, 144, 145, 149) : classement par arrêté du 18 février 1930
Personnages clés
| Trajan - Empereur romain (98-117) |
Règne durant la construction (datation 110). |
| Hadrien - Empereur romain (117-138) |
Associé à la pierre de Chagnon (1887). |
| Germain de Montauzan - Archéologue (XXᵉ siècle) |
Auteur de la thèse de référence (1908). |
| Paul de Gasparin - Ingénieur (XIXᵉ siècle) |
Cartographie complète de l’aqueduc (1834). |
| Guillaume Marie Delorme - Précurseur (XVIIIᵉ siècle) |
Premières recherches publiées (1760). |
| Didier Repellin - Architecte en chef MH |
Dirigea restaurations (2009-2010). |
Origine et histoire
L’aqueduc du Gier, long de 86 km, est l’un des quatre aqueducs antiques alimentant Lugdunum (Lyon). Construit au IIe siècle, il puise ses eaux dans la rivière Gier, affluent du Rhône, et présente une dénivellation de 105 m avec une pente moyenne de 1,1 m/km. Son débit était estimé à 15 000 m3/jour, grâce à des techniques variées : tranchées couvertes, tunnels (dont un de 825 m près de Mornant), ponts-canaux, et quatre siphons pour franchir les vallées. Ses vestiges, protégés dès 1875, incluent des arcs, des réservoirs, et des sections classées Monuments Historiques, comme le pont-siphon de Beaunant ou les arches du Plat de l’Air à Chaponost.
La datation de sa construction a fait débat. Initialement attribuée à l’empereur Claude (Ier siècle) après la découverte de tuyaux en plomb estampillés à son nom, elle fut ensuite associée à Hadrien (IIe siècle) grâce à la « pierre de Chagnon » (1887), une stèle interdisant les cultures près de l’ouvrage pour le protéger. Cependant, des analyses dendrochronologiques en 2018 sur des coffrages en bois du pont-siphon de Beaunant ont révélé une construction vers 110, sous le règne de Trajan, sans exclure un achèvement sous Hadrien. L’aqueduc combine ainsi des éléments augustéens (loi de protection des infrastructures) et des techniques perfectionnées ultérieurement.
L’aqueduc traverse 14 communes, dont Soucieu-en-Jarrest, où subsistent des vestiges emblématiques comme le réservoir de chasse du siphon du Garon (classé en 1930) et les arches surnommées « le Chameau ». À Chaponost, le Plat de l’Air présente 72 arches sur les 92 originales, avec un parement réticulé rare en France, tandis que le siphon de l’Yzeron, long de 2,6 km, illustre une prouesse technique avec ses 12 tuyaux de plomb résistants à 13 bars de pression. Ces sections, étudiées dès le XVIe siècle par des érudits comme Guillaume Marie Delorme, ont été cartographiées précisément au XIXe siècle par Paul de Gasparin et Germain de Montauzan, dont la thèse de 1908 reste une référence.
La protection de l’aqueduc repose sur des bornes comme la « pierre de Chagnon » et la « pierre du Rieu » (1996), répétant l’interdiction de labourer ou planter à proximité. Ces mesures, inspirées de lois augustéennes, visaient à préserver la canalisation souterraine, dont moins de 100 regards (sur un millier estimés) étaient identifiés en 2001. Des restaurations récentes, comme celles des arches de Chaponost (2009-2010), ont utilisé des matériaux romains reconstitués. En 2018, l’aqueduc a bénéficié du Loto du Patrimoine, soulignant son importance historique et touristique.
Le tracé de l’aqueduc révèle des particularités architecturales, comme le contournement redondant de la vallée de la Durèze par un siphon ET une tranchée de 11,5 km, peut-être dû à des dysfonctionnements du siphon. Les techniques employées — opus reticulatum, mortier étanche au tuileau (opus signinum), et coffrages en bois — témoignent d’un savoir-faire romain adapté aux contraintes locales. À Lyon, l’aqueduc se terminait près du fort Saint-Irénée, après avoir franchi le col de Trion par un dernier siphon. Aujourd’hui, ses vestiges, dispersés entre zones urbaines et rurales, offrent un parcours historique et paysager unique, étudié et valorisé par des associations comme Forez-Jarez.