Origine et histoire de l'Aquis Segeste
Aquis Segeste, mentionné sur la table de Peutinger sous le nom Aquis Segeste (corrigé en Aquae Segetae par les chercheurs modernes), est une agglomération secondaire gallo-romaine située à Sceaux-du-Gâtinais, dans le Loiret (région Centre-Val de Loire). Ce site archéologique, fondé au Ier siècle sur un lieu de culte gaulois préexistant, connaît son apogée au IIe siècle avant de décliner progressivement jusqu’à son abandon à la fin du IVe siècle. Il est organisé autour d’un sanctuaire de source dédié à la déesse Segeta, une divinité celtique associée aux eaux guérisseuses, dont le culte attire pèlerins et marchands. Le sanctuaire, entouré d’un péribole à péristyle, inclut un nymphée polylobé (unique en France à sa découverte en 1973), des thermes curatifs, et un théâtre pouvant accueillir jusqu’à 15 000 spectateurs. Des quartiers résidentiels, des ateliers artisanaux et un réseau viaire structuré complètent cet ensemble urbain de 25 hectares.
Le développement d’Aquis Segeste est lié à sa position stratégique près de la voie romaine Sens-Orléans (appelée « chemin de César ») et à proximité du Fusain, affluent du Loing, axe fluvial majeur. La ville, rattachée à la civitas des Sénons (province de Gaule lyonnaise), prospère grâce à son statut de ville d’eau, l’une des cinquante-deux citées sur la table de Peutinger. Son déclin s’amorce après des incendies au IIIe siècle, aggravé par la crise économique et l’essor du christianisme. Au IVe siècle, le sanctuaire est partiellement détruit, puis abandonné au profit d’une agglomération mérovingienne située près du bourg actuel. Oublié pendant des siècles, le site est redécouvert au XIXe siècle par l’ingénieur Jean-Baptiste Jollois, qui l’identifie à tort comme Vellaunodunum. Ce n’est qu’en 1917 que l’archiviste Jacques Soyer établit le lien avec Aquis Segeste, confirmé en 1973 par la découverte d’un ex-voto dédié à Segeta.
Les fouilles archéologiques, menées depuis les années 1960 (notamment par Michel Roncin), ont révélé un réseau hydraulique complexe (aqueduc de 25 km, canalisations en bois), des offrandes votives (statuettes, monnaies, ex-voto oculaires ou génitaux), et des traces d’activités artisanales (tabletiers, bronziers, guérisseurs). Le site, classé Monument Historique en 1986, est aujourd’hui partiellement accessible au public. Un musée archéologique, dont la première pierre est posée en 2025, doit ouvrir en 2027 pour exposer les collections dispersées et valoriser ce patrimoine. Les vestiges visibles incluent le nymphée, des portions du péribole, et des fondations du théâtre, tandis que des prospections récentes (radar, photographies aériennes) ont identifié des fanums et des zones résidentielles enfouies.
L’économie d’Aquis Segeste reposait sur le pèlerinage thérapeutique, le commerce (boutiques du sanctuaire, ateliers de nacre ou de bronze) et l’agriculture locale. Les échanges sont attestés par des céramiques sigillées de Lezoux, des marbres de Châtelperron, et des monnaies venues de Lyon, Trèves ou Rome. La société, romanisée (comme en témoignent les tria nomina des donateurs), coexistait avec des traditions gauloises, comme le culte de Segeta. L’abandon du site au Ve siècle coïncide avec l’essor du bourg médiéval de Sceaux, où deux cimetières mérovingiens ont été découverts. Les pierres du site, réutilisées jusqu’au XIXe siècle (église Saint-Saturnin, château de Courtempierre), ont préservé son empreinte malgré l’oubli.
Les recherches récentes (2020–2023) ont confirmé l’étendue de l’agglomération grâce à des prospections géophysiques, révélant un quadrillage urbain (îlots de 80 × 40 m) et des thermes publics au sud. Le fanum, situé au nord du sanctuaire, attend encore des fouilles pour préciser son architecture et sa divinité tutélaire (Apollon ou Mercure ?). Le site, géré par l’association Segeta, est ouvert lors d’événements patrimoniaux. Son aménagement futur inclut un parcours paysager matérialisant les monuments enfouis, dans le cadre d’un projet de mise en valeur soutenu par le ministère de la Culture et la commune.