Origine et histoire de l'Arc de Campanus
L'arc de Campanus, situé à Aix-les-Bains (ancienne Aquae), est un édifice romain daté du Ier ou IIe siècle, sous le Haut-Empire. Construit par Lucius Pompeius Campanus, notable allobroge romanisé de la cité de Vienne, il rend hommage à sa famille, les Pompeii, via 14 cartouches épigraphiques partiellement déchiffrées. Ses dimensions atypiques (9,15 m de haut, 0,75 m d’épaisseur) et son architecture sobre (ordre toscan, niches peu profondes) en font un monument unique, peut-être une porte symbolique entre les thermes et le temple de Diane.
L’arc fut intégré à des constructions médiévales (salle de justice, écurie), préservant sa structure malgré un enfouissement progressif. Redécouvert en 1822 et classé en 1890, il suscite des débats sur sa fonction : monument funéraire (hors pomerium), porte urbaine, ou arc honorifique. Les fouilles récentes suggèrent qu’Aix-les-Bains était un vicus rural agropastoral, où l’aristocratie locale (comme les Pompeii et les Titii) finançait thermes et monuments, sans trame urbaine structurée.
Les inscriptions, orientées vers les thermes, célèbrent trois générations de la famille Campanus, mais leur interprétation reste partielle. L’arc, construit en pierre de Seyssel (calcaire blanc de Franclens et Surjoux), présente une frise de niches alternées, initialement interprétées comme des emplacements pour urnes ou statuettes, hypothèse aujourd’hui rejetée. Son état de conservation limite la compréhension de son attique, peut-être orné de bustes.
Les hypothèses sur sa fonction évoluent avec les découvertes archéologiques. Au XIXe siècle, on y voyait un arc de triomphe (Aymar du Rivail, 1535) ou un monument du Bas-Empire (Adolphe Joanne, 1882). Aujourd’hui, deux théories dominent : porte monumentale marquant la transition entre le sanctuaire thermal (hors bourg) et le temple (dans le bourg), ou monument funéraire extérieur, comme les arcs du pont Flavien à Saint-Chamas. Cette dernière hypothèse s’appuie sur la nécropole impériale située 300 m au nord.
L’arc est indissociable du contexte thermal d’Aix-les-Bains, où l’aristocratie allobroge investissait dans les infrastructures (thermes, temple de Diane) pour en tirer des revenus. Les Pompeii et les Titii, familles dominantes, y ont laissé des traces épigraphiques, révélant une société rurale organisée autour de possessores (propriétaires terriens) et d’un conseil de decemlicti. L’absence de centre monumental structuré et le dénivelé du site (10 m entre temple et thermes) rendent improbable l’hypothèse d’une ville antique classique.
Classé parmi les premiers monuments historiques français (1890), l’arc de Campanus illustre la romanisation des élites locales et l’adaptation des modèles architecturaux romains (comme les portes de Narbonnaise) à un vicus alpin. Son étude, de François de Mouxy de Loche (XIXe siècle) à Philippe Leveau (années 2000), reflète l’évolution des méthodes en archéologie, combinant épigraphie, topographie et fouilles urbaines.