Origine et histoire
Les arènes de Béziers furent construites en 1897 à l’initiative de M. Fayot, ancien directeur des arènes de Nîmes, avec le soutien financier des Biterrois MM. Gleizes et Sautel. Ce projet naît après l’incendie des anciennes arènes en bois en 1896, dans un contexte de prospérité viticole régionale. L’inauguration a lieu le 11 juillet 1897 avec une corrida, mais les travaux se poursuivent jusqu’en 1901 sous la direction de l’architecte Carlier, combinant briques, pierres et ciment.
Dès 1898, le mécène Castelbon de Beauxhostes y organise des spectacles lyriques, dont la création de Déjanire de Camille Saint-Saëns, transformant les arènes en un lieu culturel majeur. Entre 1897 et 1911, le site accueille 67 corridas avec des matadors renommés (Lagartijillo, Guerrita), 19 opéras (Fauré, Bizet, Spontini), ainsi que des événements politiques comme un meeting de Jean Jaurès en 1905. Les arènes deviennent un symbole de la double vocation tauromachique et artistique de Béziers.
Après des difficultés financières (faillite de la société Gleizes-Sautel-Fayot en 1898), la ville et des actionnaires privés permettent l’achèvement des travaux en 1901. Malgré des menaces de destruction en 1912, les arènes sont sauvées en 1919 par la Société Immobilière des Arènes, qui les réinaugure en 1921. Leur architecture, inspirée des modèles espagnols, et leur capacité de 13 096 places en font les plus grandes de France. Classées Monument Historique en 2015, elles restent un lieu central pour la Féria de Béziers et des concerts majeurs.
Le monument illustre aussi l’histoire sociale locale : en 1907, elles abritent un régiment de Dragons pendant la révolte des vignerons du Midi. Leur programmation éclectique (théâtre, catch, tennis, Holiday on Ice) reflète leur ancrage populaire. Castelbon de Beauxhostes, aficionado et homme de gauche, y voit un outil d’éducation populaire, comparant Béziers à un « Bayreuth français » pour son rayonnement lyrique, ou à une « Séville française » pour sa tradition tauromachique.
Les matériaux utilisés (pierre, brique, ciment armé) marquent une transition vers le béton armé, typique de l’architecture moderne naissante. Les arènes témoignent ainsi de l’âge d’or biterrois, où viticulture, culture et tauromachie se mêlent. Leur préservation aujourd’hui perpétue ce patrimoine unique, à la croisée des arts, de l’histoire sociale et des traditions méridionales.